Le marketing détourné des extensions de pays
Le .so est le dernier né des extensions de pays dont la charte de nommage s’ouvre à tous et qui peut donc se faire accaparer par le marketing. Petit tour d’horizon sur ce détournement d’usage.
01net.
le 28/10/10 à 12h11
Le lancement du .so est organisé par le ministère des Télécommunications de Somalie. Ce dernier a en charge la gestion de l’extension somalienne depuis le mois de février 2009.
Créé en 1997, le .so n’a jamais été utilisé à cause de la guerre civile touchant le pays.
Le registre a décidé d’ouvrir complètement son extension nationale, sans conditions d’enregistrement particulières. L’ouverture des noms de domaine en .so se fait en plusieurs étapes :
• « Sunrise period » (du 1er au 30 novembre 2010), réservée aux titulaires de marques du monde entier (une marque enregistrée en France est éligible durant cette phase).
• « Landrush » (du 16 décembre au 9 février 2011), ouvert à tous mais avec des enchères pour départager les noms de domaine faisant l’objet de plusieurs demandes.
• Ouverture à tous, le 1er mars 2011.
Un processus d’ouverture coutumier déjà vécu en 2010 pour
le .co colombien aux nombreux sens comme corporate, content, company, collectivités…
.so what?
Quelles significations pour un .so sans aucun rattachement local ? Société ? Solution ? Habitant désormais le Sud-Ouest, j’y vois deux lettres qui font l’identité d’une région reliant l’Aquitaine au Midi-Pyrénées !
Clin d’œil mis à part, des suffixes de pays sont parfois même détournés au profit d’autres zones géographiques. Le .la du Laos est commercialisé comme l’extension de la ville américaine Los Angeles. Quelques organisations en Suisse détournent le .be belge pour l’utiliser comme l’extension du canton de Berne. En Italie, des provinces snobent le .it pour le .to (Tonga changé en Torino, soit Turin) ou le .tv (Tuvalu pour Trévise).
Alors qui sait ? Demain, les noms de domaine en .so seront peut-être plus souvent détenus par des propriétaires du Sud-Ouest ou par des étrangers que par les somaliens.
Ce phénomène d’appropriation d’une extension nationale par des résidents étrangers est fréquent. Des registres ont clairement opté pour cette stratégie. Voici un florilège d’extensions dites « markétées » plus ou moins réussies, pour ne pas dire parfois tirées par les cheveux :
• .ac (pays : Ascension, signification : All Connected)
• .fm (Micronésie, Radio)
• .lc (Sainte Lucie,Limited Companies)
• .md (Moldavie, médical)
• .me (Monténégro, personnel)
• .nu (Niue, Nouveau « new, now »)
• .ST (Sao Tomé et Principe, Street, rue)
• .tm (Turkménistan, Trademark, marque)
• .tv (Tuvalu, télévision)
• .ws (Samoa, web site)
• …
• .so ?
Jean-François Poussard
Depuis 2004, Jean-François Poussard est un spécialiste du marché des noms de domaine. Il en maîtrise l'ensemble des enjeux transversaux : juridique, marketing, communication, référencement, technique et administratif. Il conseille les plus grandes sociétés françaises et européennes dans leur stratégie mondiale de nommage.
Au printemps 2010, il rejoint l'agence internet Systonic pour y diriger le nouveau département sur les noms de domaine, baptisé Prodomaines.
Il promeut également la plate-forme Keep Alert de Systonic, qui surveille les noms de domaine, les réseaux sociaux, les régies publicitaires (Google Adwords), le plagiat de contenu... afin d'aider les marques contre des agissements frauduleux (cybersquatting, détournement de trafic et de notoriété...).