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« Internet ne se défend pas, donc on le coupe ! »

Quatre spécialistes de la cyberguerre se sont exprimés sur la question lors d’une conférence autour du livre qu’ils ont écrit en commun.
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Hier soir mardi, Espace Kiron, dans le 11e arrondissement. Quatre des auteurs de l'ouvrage Cyberguerre et guerre de l’information, récemment paru aux éditions Hermes sous la direction de Daniel Ventre, sont venus présenter leurs analyses à un parterre d’initiés. Chercheurs, enseignants, étudiants, militaires… sont ainsi venus soumettre leurs questions à ces spécialistes, eux-mêmes issus de milieux différents (voir encadré).
« La cybercriminalité ne sera pas l’objet de notre réflexion. Elle sort définitivement du champ de la guerre de l’information et de la cyberguerre », affirme Daniel Ventre. Pourquoi ? Parce qu’il s’agit ici d’analyser les actions menées sur le cyberespace à travers les informations ou les désinformations qui menacent la souveraineté et la culture de nos sociétés. Il s'agit aussi d’appréhender les affrontements éventuels qui peuvent en découler.
« En juillet 2009, dans la région du Xinjiang, en Chine, une émeute initiée par une rumeur lancée sur internet a causé la mort de 197 personnes et a fait près de 1 700 blessés », raconte Daniel Ventre. Les forces de l’ordre ont tenté en vain de contrôler la circulation de l’information sur internet. Au final, les instances ont décidé d’interrompre les communications sur toute une partie de la région. « Internet ne se défend pas, alors on le coupe », assène Daniel Ventre. Résultat : six mois sans internet, 41 personnes jugées et condamnées, dont 21 à la peine de mort.
On se souvient également de la campagne présidentielle iranienne et du mouvement d’opposition organisé sur le cyberespace, notamment via Twitter.

L’Otan prépare ses cyberdéfenses

Le débat se poursuit. Le cybervocabulaire fuse. On parle de cyberdissidents, de hackers patriotes. Puis la question fatidique est posée : « Si nous sommes attaqués en France, sommes-nous prêt ? » Non. A l’unisson, les quatre intervenants reconnaissent que la France accuse un certain retard pour se défendre, mais qu’elle n’est pas la seule. « Je sais que l’Otan est en train de se doter de moyens de ripostes », précise le colonel Chaunvancy, un des auteurs présents. Quant à savoir s’il y a des choix stratégiques qui ont été fait alors que nous ne sommes pas en situation de guerre, François-Bernard Huygue, enseignant-chercheur à l’Iris et lui ausi coauteur de l'ouvrage, évoque Sénèque : « Il n'y a pas de bons vents pour le marin qui ne sait pas où il va.  »
« Existe-t-il au moins un protocole de guerre pour définir ce qu'est une cyberguerre ? », insiste-t-on dans l’assemblée. La réponse sera non, de nouveau. D'abord, les auteurs le disent eux-mêmes, le mot guerre est dans ce cas utilisé métaphoriquement puisqu’il sert à illustrer des affrontements virtuels. Ensuite, une guerre ne se déclare que d’Etat à Etat, ce qui n’a encore jamais été le cas dans le cyberespace.
Pour conclure, Daniel Ventre pointe qu'en France, « nous ne recrutons pas de cybercombattants, contrairement à la Chine, qui organise des concours à cet effet ».

Les auteurs

Colonel François Chauvancy : Centre interarmée de concepts de doctrines et d'expérimentations (CICDE), Ecole militaire, ministère de la Défense.

Eric Filiol : Ecole supérieure d'informatique électronique éutomatique (Esia).

François-Bernard Huygue : Institut de relations internationales et stratégiques (Iris).

Joseph Henrotin : Centre d'analyse et de prévision des risques internationaux (Capri).

Daniel Ventre : Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales (Cesdip) et Centre national de recherches scientifiques (CNRS).

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