Histoire des interfaces utilisateurs (5) – Les années web
Alors que les éditeurs de systèmes d'exploitation rivalisent pour proposer les logiciels les plus ergonomiques, un grain de sable va dérégler cette belle mécanique : c'est le web, qui devient le support de nombreuses applications.

L’histoire de l’informatique est loin d’être linéaire. Et si, depuis les années 90, les éditeurs rivalisent d’imagination pour fournir des systèmes d’exploitation toujours plus attrayants pour les utilisateurs, l’essor d’internet va complètement redéfinir les interfaces utilisateurs. En effet, le modèle est centré sur un serveur HTTP qui délivre des pages HTML à un client standardisé, le navigateur web. L'invention de Tim Berners-Lee résout un problème majeur de l’informatique : le coût de déploiement des applications. Effet collatéral majeur, l’ergonomie des applications web marque un retour en arrière manifeste par rapport aux capacités des micro-ordinateurs. Les premières se composent de simples pages statiques, générées à partir de formulaires tout aussi statiques… le degré 0 de l’interactivité.

L’Applet Java, l’interface universelle ?
A ce manque d’interactivité, Sun Microsystems tente d’apporter une réponse : l’applet Java. Dès la première version, il est possible d’exécuter une véritable application Java dans le navigateur web. Elle reprend les composants graphiques typiques des systèmes d’exploitation de l’époque : menus déroulants, boutons, fenêtres de dialogue, éléments graphiques, etc. Avantage : une même applet peut s’exécuter sur n’importe quel environnement disposant d’une machine virtuelle Java, avec une interface identique. Plusieurs systèmes d’interface vont apparaître sur Java : Swing et AWT sont les plus connus mais il y en a eu d’autres, comme SWT développé par IBM et placé en open source auprès de la fondation Eclipse. Ce dernier peut exploiter les spécificités des principales GUI (graphical user interface) du marché.

Des éditeurs développent alors des applications sur ce modèle mais, très vite, apparaissent les contraintes posées par le modèle : temps de téléchargement des applets rédhibitoires, problèmes d’installation et de compatibilité des machines virtuelles. Autre piste : Javascript, qui est intégré au navigateur depuis Netscape Navigator 2. Les pages HTML y gagnent un peu d’animation, mais les développeurs s’arrachent les cheveux, avec un modèle objet complexe et les performances encore modestes des navigateurs. En effet, Javascript est encore un langage interprété, exécuté ligne à ligne et donc très lent. Il faut trouver une autre solution.
Une nouvelle génération d'applications web

Des alternatives à Java vont apparaître afin de dynamiser ces pages web bien statiques et d'aller vers ce que l’on appellera plus tard les RIA (Rich Internet Application).
C’est Macromedia, éditeur de Director, logiciel d’authoring multimedia, et de Dreamweaver, éditeur HTML, qui va le premier apporter une solution. Il réalise en 1996 l’acquisition d’un éditeur de logiciel, Futureware Software, et de son logiciel d’animation, Futuresplash Animator. Le logiciel sera rebaptisé Macromedia Flash et proposé en tant que plug-in gratuit sur les principaux navigateurs du marché. La solution fait le bonheur des créateurs de jeux en ligne et, surtout, des créatifs qui vont s'en servir pour les animations des bandeaux publicitaires qui ornent les sites web.
En 2005, Adobe réalise l’acquisition de Macromedia et capitalise sur cette technologie pour proposer une véritable solution de développement d’applications RIA : Flex. De plus, des éditeurs de logiciels, de business intelligence notamment, vont s’emparer des capacités graphiques de Flash et créer des composants tels que les graphiques, des compteurs animés.

Microsoft contre-attaque avec Silverlight
Le succès grandissant de ce concept va pousser Microsoft à réagir. En 2006, le géant du logiciel dévoile un premier prototype de Silverlight, sa propre vision du RIA. Celle-ci reprend une partie du modèle objet .Net de Windows Vista et permet de créer des interfaces utilisateurs très graphiques, simplement en codant un langage XML spécifique, XAML.
L’affrontement entre Adobe et Microsoft ne tourne toutefois pas au duel, car d’autres solutions vont apparaître. On assiste notamment au grand retour de Javascript avec Ajax. Les navigateurs et les micro-ordinateurs devenant plus puissants, il est alors possible de créer des frameworks de développement évolués. Google propose sa solution GWT, plusieurs dizaines de frameworks Ajax apparaissent, dont certains s’imposent. Parmi ceux-ci jQuery, Prototype, Dojo Toolkit ou Ext.
Le web, un terrain d’expérimentations infini
Plus que sur les applications Windows, ces technologies RIA donnent des ailes aux développeurs web. Ceux-ci vont pouvoir expérimenter des interfaces utilisateurs en totale rupture avec les habitudes prises sur les portes de travail, piochant dans les systèmes d’exploitation, les jeux, la télévision et le cinéma, de nouveaux moyens d’interagir avec les utilisateurs.

De ce bouillonnement d’idées, peu ont infusé vers les systèmes d’exploitation. Ainsi, les tentatives de créer des interfaces 3D, comme celle d’EffectiveUI, sont restées sans suite. Les technologies Flash (Adode AIR) et Silverlight trouvent un écho sur le poste de travail et donnent les moyens aux développeurs d’application dites traditionnelles de mettre au point des interfaces qui se démarquent, gagnant ainsi en efficacité et franchissant un nouveau palier en productivité.
C’est HTML5 qui va marquer la fusion entre les technologies web et desktop. Jolicoud, par exemple, s’appuie sur un noyau Linux et une couche d’interface HTML5 ; HP WebOS, développé par Palm, repose lui aussi sur une interface utilisateur web 2.0. Mais l’innovation en matière d’interface est clairement passée du côté des smartphones. Et, là encore, l’action d’Apple a été décisive.
La semaine prochaine : Les mobiles popularisent les interfaces multitouch
Déjà publié :
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