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Les SSII françaises puisent dans les ressources stratégiques de la Tunisie

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Khaled Ben Driss
Khaled Ben Driss
Directeur de la business unit ingénierie logicielle de la SSII tunisienne Oxia
Que peut faire une nation sans ses ressources expérimentées, sans ses jeunes talentueux et sans ses entrepreneurs confirmés ? A mon avis, rien. Même après une révolution 2.0. Les plus optimistes diraient : la Tunisie « nouvelle version » mise sur la jeunesse de sa population et la qualité de son système éducatif pour relever les défis de la modernité et de la croissance économique.
Car dans ce pays, la jeunesse est éduquée et majoritairement diplômée, avec un niveau de qualité comparable à celui de l'Europe occidentale, grâce à 60 000 nouveaux diplômés multilingues par an (dont 61 % de femmes). Le pays compte plus de 20 000 ingénieurs et scientifiques, dont plus de 9 500 diplômés dans le secteur de l'IT pour une population de 10 millions d'habitants. Avec une part estudiantine de sa population de 4 %, la Tunisie se trouve dans la moyenne de l'OCDE.

Donner une première expérience aux jeunes diplômés

Mais une grande partie de ceux qui ont participé à la révolution sont toujours à la recherche d'une première expérience ou d'une chance de prouver leurs capacités. La Tunisie a même inventé un mot pour les designer : les « maîtrisards ».
La capacité à résorber le chômage endémique de « ces jeunes débutants » passe nécessairement par l'augmentation du taux d'encadrement dans les entreprises en général et dans celles de l'industrie du numérique en particulier.
Ainsi, le recrutement d'un jeune diplômé ne pourrait se faire qu'avec la disponibilité d'un encadrement adéquat, managers et chefs de projets expérimentés. Le ratio classique, en ingénierie logicielle, par exemple,  est de 1 à 5. Un chef de projet pour cinq membres dans l'équipe.
Cette «  population expérimentée » est une « ressource stratégique » que tout homme politique avisé devrait inscrire, dans la case « ressource protégée » dans son programme économique.
Or, que se passe-t-il si un pays ami, un peu plus développé économiquement et possédant un peu plus d'opportunités, se permet de puiser directement dans le vivier de cette ressource stratégique, attirant vers lui les plus talentueux d'une génération entière ?

Pour un modèle équitable de type Global Delivery

Rappelons que le gouvernement français, qui a été stupéfait par l'issue de la révolution 2.0 en Tunisie, a été également effaré par l'afflux des immigrants clandestins, en transition par Lampedusa. Il est maintenant consterné par la réaction des SSII à la déclaration de Claude Guéant, ministre de l'Intérieur et de l'Immigration, sur la réduction des quotas dans l'immigration choisie.
C'est évidement la « théorie du moindre effort » qui pousse une grande partie des SSII françaises, à adopter le modèle de la régie – par ailleurs hors-la-loi, mais ceci est un autre débat franco-français – et à puiser dans le stock des ressources stratégiques de ses voisins lorsque son filon interne commence à s'épuiser.
Or la solution est forcément ailleurs, que dans l'incitation à l'immigration,  comme l'indique Jean-François Renault, sur son blog. En effet, avec la distance, le modèle de Global Delivery n'est pas soluble dans la régie. Il nécessite plus de savoir-faire, en ingénierie et management, que pour faire tourner une agence d'intérim.

Une délégation tunisienne rencontre ce soir Eric Besson

Les gouvernements des deux pays doivent travailler ensemble. Je pense que la solution doit être politique et concertée entre les deux pays. Le gouvernement tunisien doit « parler » avec son « homologue » français pour aider les SSII dans l'adoption d'une alternative équitable au « dépouillement organisé des talents » : co-investir dans une logique de Global Delivery et de centres de compétences à distance.
Au sein d’une délégation de dirigeants tunisiens, je porterai ce soir ce message auprès d’Eric Besson, ministre de l’Industrie, de l’Energie et de l’Economie numérique.
 De son côté, le gouvernement tunisien pourrait :
-  expliquer aux SSII françaises l'impact négatif de leur mode de fonctionnement sur une démocratie en gestation, qui engendre la raréfaction artificielle des ressources expérimentées ;
- mettre en place des dispositifs spécifiques, en recrutant des « maîtrisards » débutants à la sortie de l'université, avec un plan de carrière clair aboutissant, rapidement, au retour en Tunisie après une première expérience, ce qui alimentarait le stock stratégique de ressources expérimentées ;
- mettre en place un dispositif d'assistance auprès des SSII françaises afin de les aider à intégrer l'approche Global Delivery dans leurs plans de croissance ;
- organiser, en Tunisie, la visite de centres de services d’entreprises ayant intégré ce mode de fonctionnement – Sunguard, Linedata, Sagem, STMicroelectronics, Altcatel, LG, Téléperformance, Fidelity/HRAccess, HP, Stream, Altran, Linedata, Cassiopae, Aedian – et des ateliers méthodologiques traitant des spécificités du travail à distance dans une approche de Global Delivery.
- inscrire des SSII tunisiennes, des laboratoires de recherche et des établissements de formation dans les pôles de compétitivité (comme le pôle System@tic).
- investir dans la démocratie en lançant des projets communs dans le domaine de la transparence et la gouvernance – gouvernement 2.0 et démocratie participative – en mode collaboratif Nord-Sud et dans un modèle open source.
L'ébullition annoncée de l'économie française en 2011 – Syntec numérique parle de 40 000 recrutements dont 10 000 créations d’emplois – risque de porter préjudice à la capacité des entreprises tunisiennes de mener les projets d'envergure dont elle a besoin pour sortir de la crise actuelle. Les gouvernements des deux pays doivent travailler ensemble, rapidement, pour éviter le pire.

Khaled Ben Driss

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Khaled Ben Driss est le directeur de la business unit ingénierie logicielle de la SSII tunisienne Oxia. Ingénieur, il est diplômé de l’Ecole centrale de Lyon (promotion 1991) et de l’université Paris VI (doctorat en électrotechnique et modélisation informatique).

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Avis sur «Les SSII françaises puisent dans les ressources stratégiques de la Tunisie»

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Un peu trop utopique, non ?

de Fred232 , posté le 13 mai 2011 à 03h30
Oui, c'est bine beau tout ça... Mais ca m'a l'air un peu trop utopique.
Et la régie fait travailler des millions de consultants en France, s'il faut refaire le modèle entièrement, repense que ca ne sera pas demain la veille...
Désolé khaled ben driss on ne vit pas dans un monde de bisounours.!
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Ressources Stratégiques ?

de Haliway , posté le 13 mai 2011 à 10h21
9a serait pas plutot pour faire des marges opérationnelles en France et donner un salaire de misère à ceux qui désirent faire leurs armes en France ? SSII = marchands de viande
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USA?

de swifty , posté le 17 mai 2011 à 14h41
Pourquoi la tunisie doit se focaliser sur la france ou l'ingénierie informatique est méprisée ? pourquoi ne pas se tourner vers les pays anglosaxons ou ce domaine est considéré à sa propre valeur.
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Car francophone

de Teycir , posté le 24 septembre 2011 à 15h57
Car les tunisiens ne parlent pas anglais
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Ca n'a rien à avoir avec les SSII

de RidhaZ , posté le 18 mai 2011 à 09h42
L'exode des cerveaux est un phénomène vieux de plusieurs dizaines d'années, ce n'est pas une particularité des SSII. Les questions qu'il faut se poser sont pourquoi cette exode et quoi faire pour l'arrêter et que faire pour ramener nos cerveaux de l'étranger...
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