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Entretien avec Teodor Danciu, créateur de JasperReports

A l'occasion de Solutions Linux/Open Source 2011, la rédaction de 01net Entreprises a rencontré Teodor Danciu, le développeur de JasperReports, cofondateur de l'éditeur BI Open Source Jaspersoft.
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Personnage hors-normes, ce développeur roumain a créé JasperReports en 2001. Jusqu'à la création de Jaspersoft, il code seul la plate-forme de reporting open source, le soir et le week-end. Dix ans plus tard, Jaspersoft est devenu un acteur majeur de la business intelligence open source. Lui, toujours architecte de JasperReports, n'a (presque) pas changé.
01net Entreprises : Pouvez-vous retracer la naissance de JasperReports ?
Teodor Danciu : Tout à commencé il y a plus de dix ans, lorsque j’ai opéré un changement de carrière. Je travaillais alors dans le monde Microsoft, sur Visual Basic, Visual Fox Pro pour des sociétés franco-roumaines. Avec ces technologies, on développait des projets qui comportaient toujours un module d’édition de rapports, de reporting, essentiellement avec Crystal Report ou Visual Foxpro. J’ai alors voulu changer de technologie. Java émergeait, on y développait le même type de projets mais il n'existait pas d’équivalent de Crystal Report en éditions et en reporting. J'ai entrevu une niche, pensant qu'il ne serait pas difficile de créer un outil de reporting. On arrivait à faire des choses en JSP, mais il fallait tout faire « à la main ».
Comment a démarré le projet ?
L’idée était là et j’ai pris du temps pour refléchir. Pendant quelques mois je n’ai rien codé, mais une fois l'idée bien cristalisée, j’ai développé un projet et commencé à coder. L’intéressant, c’est qu’en quatre à six semaines, dès que j’ai inscrit la première version sur Sourceforge, qui pourtant ne faisait pas grand-chose, juste une description du projet, j’ai identifié qu’il y avait là un gros besoin. J’ai eu du retour, qui m'a incité à continuer. C’était avant la naissance de Birt, Il y avait quelques outils comme Reportme, je les ai testés et ai été convaincu que c'était réalisable en quelques mois !
Mais pourquoi s’être lancé dans un projet open source et ne pas avoir créé une société d’édition classique ?
En proposant un logiciel à quelques dollars, j'aurais empêché les gens d’essayer la solution. Or, l’important pour moi est d’avoir un retour pour créer un meilleur produit.  De plus, j'appréciais de donner quelque chose. J’envisageais déjà, à l’époque, un modèle de business tel que celui d’iText, qui avait adopté un autre moyen de faire de l’argent. Pour une personne comme moi, travaillant seul, vendre la documentation, ça pouvait aller. JFreeChart faisait aussi la même chose, j’avais donc deux exemples, je me suis lancé. Le but était de donner libre accès au produit pour qu’il soit adopté rapidement, et de voir ensuite comment gagner de l’argent.
C'est ce souci qui vous a poussé vers le logiciel libre ?
Le premier intérêt, c’est de créer un outil que les gens utilisent. C’était une vraie joie de le faire. Le business n’a pas véritablement démarré la première année. Je passais beaucoup de temps à cultiver la communauté. Les trois premières années, j’ai eu pour objectif de répondre à absolument tout le monde sur les forums, aucun message ne restait sans réponse ! La communauté s'est ainsi développée, jusqu’à ce que je ne puisse plus répondre à tous. Ca m’a permis de voir la direction que nous devions prendre. Ainsi, j’étais parti sur un set de fonctionnalités que je pensais indispensables, mais pendant les six premiers mois, les gens, sur les forums, m'ont orienté. Il a fallu refactoriser le produit deux ou trois fois pour répondre à ces demandes de fonctionnalités auxquelles je n’avais pas pensé au début.
Comment est finalement né Jaspersoft ?
J’ai travaillé seul jusqu’en 2005, mais depuis 2003-2004, la concurrence est apparue sur le marché de la BI open source. C’est notamment à cette époque que Birt à commencé. Restant seul, Actuate s'appuyant sur une centaine de développeurs, j'allais me faire écraser. Il me fallait trouver un partenaire. J’ai alors reçu un appel d’une société américaine qui m’a proposé de travailler ensemble. J’ai quitté mon boulot, je travaillais toujours à Bucarest, l’open source c’était le soir et les week-end seulement. Je suis arrivé chez Jaspersoft en janvier 2005 et me suis enfin dédié complètement au projet.
Avec Japersoft, on a mis plus de ressources derrière le projet, on a embauché des gens pour ajouter des fonctionnalités dans les librairies, ce que je ne pouvais pas faire tout seul. Et la librairie de JasperReport a explosé. On a aussi accueilli Gulio Toffoli, le créateur d’iReport qui était l’outil de design des rapports pour Jasper. Ensemble, on a formé cette équipe qui a poursuivi cette gamme d’outils open source et à laquelle on a pu ajouter ce qui manquait : le serveur. C’est ainsi qu’on a créé Jasper Server, et que la plate-forme est apparue.
Aujourd’hui la BI c’est, en plus, de l’analyse de données, de l’Olap, de l’ETL, des fonctions qui sont venues après.
Vos rapports à la communauté ont-ils changé depuis ?
Oui, car la communauté s'est beaucoup développée. Je ne peux plus répondre à tout le monde, mais je continue à surveiller les forums et je veille à ce que les questions qui se répètent aient une réponse, que les bugs soient corrigés. Je suis toujours là.
J’ai la liberté de faire évoluer la librairie JasperReport en fonction des demandes de la communauté, moi et mon équipe suivont toujours ça de près. Bien sûr, il y a eu des fonctionnalités, des améliorations venues du serveur, notamment pour une meilleure intégration, mais je suis toujours en charge de la roadmap de la librairie.
Vous n’êtes donc pas devenu un homme d'affaires ?
J’ai eu la chance de pouvoir choisir : je m'appuie sur une petite équipe à Bucarest qui travaille pour Jaspersoft. J’aurais peut être eu la possibilité de faire du business, du management, mais je suis resté du côté ingénieur, car ce qui me plaît, c’est la partie technique. C’est vrai que je dois aussi parler aux clients, participer à des salons comme Solutions Linux, je ne peux donc plus faire du code tous les jours, mais je suis impliqué à plusieurs niveaux, et c’est ce que j'apprécie. On apprend toujours dans les technologies, et c’est intéressant d’y être.
Vous gardez la main sur la roadmap et pas sur le marketing de Jaspersoft ?
La société a une vision. On voit ce qu’on doit faire par rapport à la communauté existante, mais on est toujours attentifs à ce qui se passe ailleurs pour être en ligne avec l’évolution de la BI.
Avec JasperReports, on a commencé avec des éditions, des rapports, c’est ce dont on avait besoin à l’époque. Maintenant l’espace BI se complique, évolue. Nous devons donc y être.
Selon vous, quelle tendance majeure est en train d’émerger dans le décisionnel ?
Avec la librairie JasperReports, on avait plutôt des documents statiques, tout simplement parce que, il y a dix ans, on ne pouvait pas imprimer des documents depuis Java. Aujourd’hui, les gens commencent à renoncer au papier pour privilégier les smartphones, l’iPad et aller vers plus d’interactivité. On avait déjà la possibilité de produire des rapports interactifs, mais il fallait coder un petit peu. On veut maintenant simplifier la procédure.
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