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De l’importance - ou non - du net dans les conflits modernes

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De la crise libyenne nous pourrions tirer de nombreux commentaires. N’en retenons ici que trois. Tout d’abord, le rôle du web 2.0 comme facilitateur de révolutions, voire outil de luttes pour la démocratie, doit être reconsidéré. Certains ont été tentés d’établir une relation directe entre le succès des révoltes arabes et le web 2.0 (les Youtube, Twitter et autres plates-formes de réseaux sociaux, la téléphonie mobile). Certes, les moyens offerts par les systèmes de télécommunication facilitent-ils la mobilisation des foules et la communication plus rapide, vers le monde entier, des actions des manifestants et des violences commises par les autorités contre leurs populations. Ils permettent de sensibiliser l’opinion publique nationale et internationale. Nous sommes dans la communication et dans l’action. Mais ces moyens ont leurs limites. Seuls, ils ne permettent pas de venir à bout des régimes que les manifestants veulent faire tomber : parce que les autorités savent utiliser, elles aussi, ces technologies de communication ; parce qu’elles savent tout simplement les couper quand cela leur semble nécessaire ; et parce que les réseaux ne sont pas encore suffisants à faire chuter des régimes bien accrochés, comme l’est celui du colonel Kadhafi, qui rappelons-le, n’est pas isolé, et bénéficie d’appuis internationaux. D’ailleurs, alors que la phase « révolution » est passée, pour laisser place à des combats de type « guerre », le web 2.0 s’est quelque peu effacé.

Des cyberguerriers issus du privé

Nous devons également reconsidérer la notion de guerre du peuple au prisme du cyberespace. Il y a environ dix ans que les Occidentaux fantasment sur une possible renaissance du concept en Chine : les centaines de millions d’internautes pourraient constituer les nouvelles forces de la nation, promptes à agir dans le cyberespace pour la défense des intérêts du pays, lançant des vagues de cyberattaques dans le monde. Jusqu’alors, la seule guerre du peuple cybernétique dont nous ayons eu connaissance a pris la forme d’un hacktivisme spécialisé dans la défiguration de sites, ou d’actions ponctuelles de hackers défendant des causes diverses, voire souvent aucune. Mais pouvait-on qualifier tout cela de guerre du peuple ? Aujourd’hui, une nouvelle forme d’investissement du secteur civil dans les conflits apparaît. Le projet Cyber Dawn Libya en est un exemple. Il s’agit de l’implication d’acteurs de la sécurité, de l’industrie privée, qui mettent leurs savoirs au service de l’Etat, se mettant à donner des conseils, à exposer les vulnérabilités d’Etats étrangers face aux cyberattaques. L’expert américain Jeffrey Carr dans son livre Inside Cyber Warfare, prônait la considération officielle (c’est-à-dire moyennant rétribution de l’Etat) des projets résultant d’initiatives privées, bénéfiques à la cybersécurisation du pays. Ainsi, le secteur privé mène-t-il des enquêtes, dénonce-t-il des acteurs de la cybermenace, aide-t-il les acteurs qui ont l’usage légitime de la force à identifier les failles des adversaires. Ce secteur privé fournit un nouveau type de cyberguerrier, ou un nouveau bras droit des cyberguerriers officiels. L’Etat pourra-t-il se passer de ces acteurs alors qu’il appelle à une collaboration toujours plus étroite entre les secteurs civil et militaire, public et privé ? L’Etat doit-il avoir recours à ces acteurs ?

Quels liens avec la Norvège ?

Enfin les évènements confirment que les guerres constituent des contextes favorables à la confusion. L’armée norvégienne a subi des cyberattaques peu après avoir participé aux bombardements contre la Libye en mai 2011 . Nous nous trouvons confrontés à plusieurs interrogations, dont les réponses – difficiles à apporter rapidement et avec certitude – déterminent les réactions des victimes (en l’occurrence l’armée, l’Etat) : y a-t-il une relation de cause à effet entre l’implication de la Norvège dans le conflit et les cyberattaques ? S’agit-il simplement d’une coïncidence ? Quel est le niveau de corrélation entre les faits ? Même sans lien direct, les cyberattaques peuvent-elles avoir un impact sur l’action des forces en Libye ?

Daniel Ventre
Il est ingénieur au CNRS, chercheur au Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales (Cesdip UMR 8183), chargé de cours à Télécom ParisTech et à l'Essec. Ses travaux et publications traitent des conflits dans le cyberespace (guerre de l'information, cyberguerre). Il est également directeur de la collection Cyberconflits et cybercriminalité, aux éditions Hermès-Lavoisier.

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