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« Il faut mieux valoriser l'expertise des développeurs français »

Consultant java, Antonio Goncalves a créé le premier groupe d'utilisateurs java français il y a trois ans. Il est l'auteur de plusieurs livres aux éditions Eyrolles et Pearson.

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Antonio Goncalves
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Que viennent chercher les membres du Paris Java User Group (JUG) lors de vos soirées de rencontre ?

Antonio Goncalves : Au départ, ils venaient surtout pour combler un manque technique, car il y avait nettement moins d’informations sur le web à l’époque. A l’heure actuelle, c’est le côté humain qui prime, avec la création de liens physiques dans un monde où les communications sont très souvent virtuelles. Pour les projets de développement, les embauches se font rarement par publication d’annonces sur un site du type de Monster, mais plutôt par réseau de relations. Le Paris JUG aide à rencontrer d’autres personnes qu’on sait autant passionnées que soi-même par Java. Les participants ne sont pas forcément meilleurs que les autres, mais ils sont passionnés et curieux. Or, on nous demande de plus en plus d’apprendre vite et d’être capable de nous adapter à de nouvelles technologies en abandonnant les précédentes.

Quelle est la moyenne d’âge des participants du Paris JUG ?

AG : elle est plutôt élevée, puisqu’elle tourne autour de 35 ans. Ceux qui viennent aux rencontres découvrent parfois qu’il n’existe pas qu’un seul modèle et qu’il est possible d’avoir plus de 40 ans et de continuer à coder. En France, le marché de l’emploi est tel que la filière technique n’est pas mise en valeur. On demande systématiquement aux développeurs de passer chefs de projet. Certains se sentent contraints et forcés de gérer des projets et des équipes, alors qu’en fait ils sont geek. Les JUG veulent faire comprendre que l'on peut continuer à coder après 40 ou 50 ans. Contrairement à des pays comme l’Angleterre, la France se prive de l’expérience de codeurs experts. Et les projets sont gérés par des gens qui n’aiment pas ça. Je pense que c’est l’une des raisons de dérapage des projets.

Vous pensez que c’est une spécificité française ?

AG : Le marché français tourne essentiellement autour des SSII. Or, dans les sociétés de services, il est difficile de faire évoluer sa carrière vers une expertise technique. Les clients acceptent trop difficilement de payer plus cher pour un développeur avec de l'expérience, alors qu’ils le font pour un manager qui gère des projets de plus en plus grands. Pour être sûr de rester technique, il faut très souvent se mettre à son compte ou travailler pour des cabinets de conseil très pointus.

Vous voyez une solution à ce problème ?

AG : Les salaires des différentes branches devraient évoluer de manière identique. Un développeur qui a de l’expérience ne produit pas nécessairement plus de ligne de code qu’avant, mais elles sont de meilleure qualité. Développeur est un métier de juniors, or on ne peut pas monter des projets complexes sans faire appel à des experts en plus des développeurs plus novices.
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