Cyberforce américaine : Origines d’une montée en puissance
C’était il y a bientôt vingt ans. En 1992, le département de la Défense américain publiait sa fameuse directive 3600.1, intitulée Information Warfare (guerre de l’information).
On s’intéressait déjà très sérieusement aux implications et aux modalités d’usage de l’information numérique et des systèmes d’information dans ce département. La première guerre du Golfe avait lancé, a-t-on coutume de dire, la guerre moderne de l’ère de l’information. Depuis, directives, instructions et autres documents de doctrine sont venus développer les instruments, les logiques, les méthodes, les structures au sein de l’armée dédiées à cette forme de guerre et aux opérations d’information.
Au milieu des années 90, l’intérêt se porte sur le développement des armes non létales, dans le prolongement de ces nouvelles doctrines d’usage de l’espace cybernétique naissant.
Un nouvelle espace pour faire la guerre
Le rapport Joint Vision 2020, publié en 2000, pose les bases de la politique de défense et le principe de nécessaire dominance de la totalité du spectre sur le champ de bataille. Le cyberespace sert à faire la guerre. Le Department of Homeland Security créé en 2002, contribue à la mise en œuvre de stratégies de cybersécurité et cyberdéfense. Il publie en 2003 la National Strategy to Secure Cyberspace, crée le CERT-US et soutient en 2004 le lancement du programme de surveillance et de contrôle Einstein I.
Un cybercommand pour représenter toutes les armes
Le concept de cyberespace s’invite ensuite, essentiellement après 2005, dans le discours militaire et du gouvernement. En 2009, est prise la décision de création du Cyber Command, lequel est opérationnel fin 2010. Toutes les armes sont représentées au sein de cette nouvelle structure : AFCYBER (Air Force), ARFORCYBER (Army Forces), MARFORCYBER (Marine Forces), NAVCYBERFOR (Navy). Ce sont des milliers de militaires, secondés par bien plus de civils qui travaillent dans ce cadre spécifique.
Ainsi la seule 24th Air Force, qui représente l’Air Force au sein du Cyber Command, compte-t-elle 400 militaires, 5 300 civils, auxquels il faut ajouter 10 000 personnels de réserve.
(A suivre... )
Daniel Ventre
Il est ingénieur au CNRS, chercheur au Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales (Cesdip UMR 8183), chargé de cours à Télécom ParisTech et à l'Essec. Ses travaux et publications traitent des conflits dans le cyberespace (guerre de l'information, cyberguerre). Il est également directeur de la collection Cyberconflits et cybercriminalité, aux éditions Hermès-Lavoisier. Auteurs de plusieurs ouvrages sur la question, Daniel Ventre est également lisible sur son blog : http://econflicts.blogspot.com.
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