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La Tunisie, un an après : le bilan IT est maigre, mais l’espoir reste intact

Un an après la révolution du jasmin, l’Etat n’a toujours pas lancé les projets et les réformes attendus, mais le secteur privé multiplie les initiatives. L’ambition de faire de la Tunisie le leader de l’offshore francophone est plus forte que jamais.

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Commençons par le contexte. Il y a un an, tout a changé pour la Tunisie. Les Tunisiens ont entrepris une transformation historique. Parmi les secteurs qui focalisent les espoirs de toute la population, il y a les TIC (Technologies de l'information et de la communication).
Longtemps instrumentalisé et contrôlé par l’ancien régime, notamment lors du Sommet mondial sur la société de l'information (SMSI) de Tunis en 2005, ce secteur présente une contribution marginale dans l’économie du pays, si on exclut l’apport des opérateurs de télécom. Le chiffre d’affaires annuel des entreprises de la filière "services TIC" a été évalué, en 2008, à moins de 150 millions d’euros.
La commande publique, toujours enchaînée par les procédures d’achats et qui représente 80% du marché, n’a pas servi à créer les champions nationaux susceptibles de stimuler une croissance rapide et durable du secteur et de résorber le chômage des diplômés.

An I : une année sans projets d’envergure

Aujourd'hui, un an s'est écoulé, la situation globale du secteur n’a pas montré de signes tangibles d’avancement. Aucun nouveau projet TIC d’envergure n’a été lancé en 2011, à l’image de l’immobilisme de l’équipe gouvernementale sortante de Beji Caid Essebsi, qui n’avait pas la légitimité politique requise pour lancer des réformes et qui manquait d’intérêt pour l’économie numérique.
C'est d’autant plus désolant que le premier site web gouvernemental réalisé après la révolution du 14 janvier, « I love Tunisia », site dédié au tourisme, a été confié au cabinet français Bygmalion supposé proche de l’UMP selon Nawaat.org. Pourtant le ministre du Tourisme, Mehdi Houas, connaissait bien le secteur puisqu’il n’est autre que le patron de la SSII Talan.
De plus, l’année 2011 a vu l’arrêt brutal de plusieurs projets déjà entamés, notamment dans des banques nationales. Ce qui a causé un énorme préjudice pour la compétitivité des SSII tunisiennes. Dans la majorité des cas, les difficultés étaient liées à des carences dans la fonction de maîtrise d’ouvrage.

L’architecture du réseau internet de Ben Ali inchangé

Alors que le taux de pénétration de la téléphonie mobile frôle les 100%, le secteur télécom vit, lui, une situation anormale. L’Etat possède des participations dans les trois opérateurs télécoms du pays: 70% de l’opérateur historique de TT (Tunisie Télécom), mais aussi, par la confiscation de biens mal acquis du clan Ben Ali, 25% de Tunisiana et 51% d’Orange Tunisie.
La convergence télécom-internet s’accélère. Chacun de ces trois opérateurs télécom "possède" désormais un Fournisseur de services internet (FSI). Tunisie Télécom a acquis Topnet, le numéro 1 du secteur, Tunisiana a pris une participation importante dans Tunet et Orange avait déjà la majorité de Planet (FSI de la fille de Ben Ali).
En dépit de l’attribution de deux licences 3G à TT et Orange, le virage vers la mobilité à valeur ajoutée n’est pas encore amorcé. La croissance de TT a été ralentie, en début d’année, par des troubles sociaux et des grèves à répétitions. Le plan de développement d’Orange a été perturbé, entre autres, par sa mise sous tutelle de l’Etat.
Alors qu’Internet a été un outil important lors de la Révolution, la censure est de retour. Une nouvelle loi a été votée pour bloquer les sites pornographiques. Au-delà du débat sur le contenu à censurer, ce qui est dangereux, c’est le fait que cette loi confère à une administration, l’Agence tunisienne d’internet (ATI), le droit de censurer des sites web sans avoir besoin de recourir à la justice. A ce stade, l’ATI refuse la loi et se pourvoit en cassation.
Rappelons qu’avec l’aide d’entreprises spécialisées, comme Amesys (Bull), selon OWNI, l’architecture du réseau internet en Tunisie a été pensé, dès le début, pour assurer un contrôle sur les accès et une capacité globale d’écoute et de censure. A ce jour, cette architecture n’a pas encore été changée.

Former près de 1000 diplômés par an dans les métiers de l’IT

Dans le privé en revanche, le printemps tunisien incarne les espoirs et les aspirations de l’industrie du numérique. L’année 2011 a été marquée par la multiplication des initiatives lancées par de simples citoyens ou des acteurs privés qui démontrent une envie de prendre notre destin en main et de ne plus laisser à l’Administration la gestion des affaires. Rappelons que la création d’une association indépendante sous le règne Ben Ali était du domaine de l’imaginaire.
Parmi ces initiatives, on peut citer Tact (Tunisian Association for Communication and Technology), l’association des spécialistes de l’offshore, l’association ITSMF, le chapitre tunisien de test logiciel, un groupe de réflexion sur l’open data (OpenGovTN), l’association des professionnels de l’open source Apos ou Tunandroid pour la communauté Android.
Le meilleur exemple de la vivacité du secteur vient de Tact qui a lancé Tact Academy : il s’agit de mettre en place, sous l’égide de la profession, un plan ambitieux de reconversion des diplômés aux métiers des TIC, dont l’objectif est de former près de 1000 diplômés par an pour les cinq années à venir, rien que dans les métiers de l’IT.
Le projet pilote Tact Academy a été lancé le 19 septembre dernier avec 200 jeunes diplômés demandeurs d’emploi en vue de leurs offrir l’opportunité à de s’intégrer dans le secteur productif à travers des emplois fixes et bien rémunérés.
D’autre part, la chambre syndicale des SSII, dite Infotica, s’est restructurée, a changé son bureau exécutif, mais continue à se chercher dans les méandres de l’Utica, le patronat tunisien.

L’offshore à valeur ajoutée se précise

La révolution tunisienne a permis au monde de découvrir la jeunesse tunisienne, éduquée et branchée. C’est l’un des principaux arguments de la proposition de valeur mis en exergue par les prometteurs de la Tunisie comme destination offshore.
Côté Administration, la Fipa, responsable de la promotion des investisseurs directs étrangers en Tunisie, semble plus productive après s’être libérée du carcan de l’ATCE, l’Agence de contrôle de la communication officielle sous le régime de « Zaba ».
La Fipa a produit quatre nouvelles brochures orientés IT en 2011 : « La Tunisie, le paradis de l'offshoring » (mai), « Coûts de facteurs de production 2011 » (juin), « La Tunisie, une supply-chain aéronautique performante » (juin), « Nouvelle Tunisie, Nouvelles opportunités » (novembre).
En plus des projets qui ont été confiés à des centres de services pilotés par des SSII locales, la Fipa signale l’intérêt croissant des SSII allemandes et françaises pour la Tunisie. Les visiteurs étaient porteurs de projets de type ITO à 70%, R&D à 15%, BPO données-voix à 15%. Concrètement la Fipa signale l’implantation des sociétés Jouve IT à Sfax, Sofrecom, Captain Dash ou N2SP (centre d’appels).

Deux introductions en Bourse et l’espoir des projets d’e-services

Enfin, l’année 2011 a été marquée par le lancement de plusieurs concours de start up IT, la création d’incubateurs privés comme Wiki Start Up et d’une association de business angels orientée IT, ainsi que de deux introductions en Bourse. Celles de Telnet, un des leaders du secteur des TIC (certifié CMMi 5) et d’Hexabyte, un FSI.
En 2012, les acteurs du secteur attendent des réformes et le lancement des projets e-services. Au milieu d'une crise économique planétaire, l’Etat tunisien se doit dans l’immédiat d’envoyer un signal fort aux opérateurs locaux, par le lancement de services aux citoyens tant attendus – e-santé, Geonat, e-gov, opendata.gov.tn, Cnam, numérisation du patrimoine – et la redéfinition des procédures d’achats qui continue à enchaîner la commande publique.

Khaled Ben Driss

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Khaled Ben Driss est le directeur de la business unit ingénierie logicielle de la SSII tunisienne Oxia. Ingénieur, il est diplômé de l’Ecole centrale de Lyon (promotion 1991) et de l’Université Paris VI (doctorat en électrotechnique et modélisation informatique). Khaled est membre du bureau de l’association ADS (Action et développement solidaire)

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Avis sur «La Tunisie, un an après : le bilan IT est maigre, mais l’espoir reste intact»

 

Riadh_kri

de Riadh_kri , posté le 20 janvier 2012 à 09h44
Bonne analyse, je partage à 100%
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