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« Plus que d'autres, la France lie l'e-Administration à la notion de service public »

Interview croisée d'un analyste et d'une chef de projet à la direction de la gouvernance publique et développement territorial de l'OCDE à propos de l'administration électronique française.

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Travaillant tous les deux pour l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), Arthur Mickoleit, analyste des politiques liées à l’administration électronique, et Barbara-Chiara Ubaldi, chef de projet administration électronique, donnent leur point de vue sur l’e-administration française suite au rapport sur la gouvernance publique publié en ce début d’année par leur organisation.

Pensez-vous que les prochaines échéances électorales remettent en cause des structures comme la Disic (Direction interministérielle des systèmes d’information) ou la DGME (Direction générale de la modernisation de l’Etat) ?

Arthur Mickoleit : Les élections comportent souvent un risque de changement, même si ces structures ont pris de bonnes initiatives et créé de bonnes synergies. Elles aident à apporter une vision cohérente du service public et à donner une importance stratégique aux nouvelles technologies au niveau de l’Etat.

Barbara-Chiara Ubaldi : La continuité dans l'administration électronique est essentielle. Or, depuis treize ans que je travaille sur ce sujet, la tendance dans tous les pays est de tout changer au moment des élections, y compris les objectifs stratégiques, ce qui fait perdre le bénéfice des actions déjà engagées. Cette administration n’a pourtant pas de couleur politique.  Et il y a besoin de structures pour coordonner les différentes entités. Dans les faits, un ministère est trop souvent plus moteur et que les autres sur les projets et il manque une réelle coordination centrale et locale.

La voie réglementaire permet-elle de rendre ces organisations pérennes  ?

AM : En Allemagne, la structure de gouvernance pour le système d’information (SI) de l'Etat est plus ancré dans le cadre législatif. Il y a même un article de la Constitution sur le sujet depuis deux ans. Cela donne une plus grande stabilité et facilite les visions à plus long terme. Le calendrier des projets dépasse les échéances électorales, ce qui est d’autant plus important que les dépenses sont importantes.

 

Qu’est-ce qui différencie l’e-Administration française de celles des autres membres de l’OCDE ?

BCU : Plus que d’autres pays, la France lie la notion du développement de l'administration électronique à celle de service public ce qui est une bonne chose. D'autres Etats ne le font pas de manière aussi cohérente. Mais, bizarrement, le résultat  ne semble pas être à la hauteur des efforts. Par exemple, la création de Pôle emploi, censé amélioré le service public dans ce domaine, n’a pas eu d’impact réel significatif.

AM : L’une des difficultés vient du fait que la France et son administration sont des structures beaucoup plus importantes que n’importe quelle entreprise privée. La plus grande du monde, la chaîne de grande distribution américaine Wall Mart, est bien plus petite que l’Etat français. Le secteur public doit donc avancer précautionneusement. L’un des défis auquel est confronté l’Administration est de développer les pratiques innovantes existantes plus globalement.

BCU : Les nouveaux usages qui découlent des TIC imposent un changement des processus internes des administrations. Pour délivrer des données à travers une technologie mobile, il faut, par exemple, déjà y accéder en interne. Et, contrairement au secteur privé, des règles internes doivent encadrer l’intégration de services entre eux. Les gouvernements travaillent d’ailleurs de plus en plus sur ces thématiques. Cela fait partie des démarches de simplification. Ils ont pris conscience du lien très directe qu’il y a entre administration électronique et simplification.

Est-il facile de mesurer les effets réels de l’e-Administration sur le service public ?

BCU : Jusqu’ici les indicateurs utilisés s’intéressent surtout au service public en lui-même, comme le nombre de visiteurs d’un site web. Nous pensons qu’il est plus intéressant de déterminer l’impact de l’administration électronique sur les politiques publiques en général. Et nous cherchons donc les indicateurs qui aident à lier investissements numériques et amélioration des services.

Quels types de défis les institutions doivent-elles relever vis-à-vis des TIC ?

BCU : Il faudrait faire coïncider la vitesse de mise en œuvre d’un projet (dans un contexte d’évolutions technologiques rapides) et les contraintes propres au secteur public. On en revient aux démarches de simplifications de procédures entamées par les gouvernements. Mais, il faut être honnête. Il n’y aura pas de correspondance exacte entre les deux. Par exemple, les possesseurs de smartphone les utilisent beaucoup pour accéder à des services privés, mais réaliser ce genre de services pour l'Etat est difficile, pour des questions de sécurité et de confidentialité.

AM : Une nouvelle catégorie d’utilisateur apparaît, qui n’est pas demandeur seulement d’informations, mais aussi d’interactions. L’Etat doit être capable d'accompagner ce changement. Si les technologies de l'information étaient avant considérées comme un outil de support, il est maintenant admis qu’elles ont un immense pouvoir de transformation. Cette anticipation du changement doit venir d’en haut, donc d’institutions telles que la Disic, la DGME ou la Dila.

Arthur Mickoleit

Cet analyste des politiques et des administrations électroniques à l’OCDE a participé à la rédaction du chapitre quatre de la Revue de l'OCDE sur la gouvernance publique de la France. Ce chapitre, intitulé « La RGPP et l’amélioration de la qualité du service public », s’intéresse plus particulièrement à la gouvernance des systèmes d’information de l’Etat.

Barbara-Chiara Ubaldi

Chef de projet administration électronique à l’OCDE,  elle a participé au rapport de l'OCDE sur la mobilité intitulé « M-gouvernement. Les technologies mobiles pour des gouvernements réactifs et des sociétés connectées. »

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