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Atos Rachète Bluekiwi : et après ?

Deux ans après l'annonce « zéro mail » de Thierry Breton, Atos rachète Bluekiwi pour un prix plus que raisonnable. Petit tour d'horizon de ce que signifie réellement ce rachat.

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Un mois après l’annonce du rachat de Bluekiwi par Atos, le silence a fait place aux commentaires multiples qui ont fait florès dès le lendemain du premier tweet…

Une annonce inhabituelle sur Twitter

Première chose notable : contrairement à ce qui se passe d’habitude, l’annonce n’est pas venue d’un communiqué en bonne et due forme de l’acheteur ou de l’acheté… Non, c’est un tweet d’un fonds de gestion (Isai) qui a donné l’info, aussitôt propagée sans vérification mais sans démenti non plus, ce qui avait valeur de début de preuve. D’autant que, quelques heures plus tard, l’ancien patron fondateur, Carlos Diaz, demandait gentiment d’arrêter de lui demander par DM (DirectMessage de la plate-forme Twitter pour les non-initiés) d’infirmer l’info… Oui, Bluekiwi était bien racheté par Atos. Il faudra attendre le lendemain pour que l’information soit communiquée comme il se doit par les intéressés. Mais qui a alors pris la peine de lire le communiqué dans le détail, alors que l’information était « faisandée » ?
Le premier enseignement de ce rachat est donc social. Bluekiwi, leader francais sur le secteur des réseaux sociaux d’entreprise (RSE) a fait son « coming out » par les réseaux sociaux. La comparaison avec les élections que nous venons de vivre est évidente, malgré les digues mises en place par les communicants, ou le législateur, l’information (sociale) inonde le monde.

Éditeurs de logiciels et SSII : convergence naturelle autour du Saas

Mais que veut dire ce rachat ? On est peu habitués à voir des SSII françaises racheter des éditeurs de logiciels… Je voudrais sortir du thème « réseau social » pour en analyser la composante structurelle. Aujourd’hui, le marché de l’IT a pris une dimension industrielle et se consolide de manière permanente avec une tendance au gigantisme. C’est la cas des géants du logiciel américain : Apple, Microsoft, IBM, Oracle et son pendant européen SAP.
En France, la logique est différente. Il n’y a pas de grands éditeurs/constructeurs, mais des SSII fortes : Capgemini, Atos, Steria… Ce sont des sociétés de services qui placent des hommes et des femmes experts dans les entreprises françaises, ou montent des projets. Ces grandes sociétés ont consolidé le marché par acquisition. Atos a ainsi doublé en taille grâce au rachat de Siemens. Mais comme le marché du service « pur » n’est pas extensible à l’infini : le temps des rachats d’éditeurs est arrivé. Et cela est rendu possible par l’avènement du Saas (Software as a Service) : les SSII comprennent justement cet engagement de service ! Structurellement, c’est donc à une convergence naturelle des services entre eux que l’on assiste, qu’ils soient servis par du « soft » ou du « human power ». Il faut s’attendre à d’autres acquisitions de ce type dans les mois qui viennent, et pas seulement dans le social, bien sûr.

Il n’y a qu’un pas du « zéro mail » à Bluekiwi

L’aspect « social » de l’opération n’est pas non plus négligeable pour le grand public : Atos y gagne une image rajeunie, celle d’une entreprise où il fait bon travailler. Le rachat de Bluekiwi est un prolongement de l’annonce faite il y a presque deux ans par Thierry Breton. Ce très communicant PDG a su sentir en bon politique la fronde « antimail » qui gronde au sein des entreprises. Réussir à lutter contre le déluge d’e-mail fait rêver chacun d’entre nous, managers ou dirigeants d’entreprises. Zéro courriel. Voilà un slogan, comme on pourrait entendre zéro mal logement ou zéro chômage… Même si on sait que c’est avant tout « politique », on veut y croire. D’autant plus que Thierry Breton a acheté la société la plus en vue sur ce marché, ou en tout cas, la société à la notoriété la plus forte. Et, accessoirement, celle qui en avait le plus besoin.

Un rachat à bon compte

Thierry Breton a en plus bénéficié d’un prix tout à fait raisonnable vu l’expertise des équipes de Bluekiwi et alors que l’éditeur devait absolument se refinancer… ou se faire acheter (voir la très bonne analyse d’Arnaud Rayrolle sur le sujet). Les chiffres auxquels j’ai pu avoir accès par des sources bien informées sont d’ailleurs différents de ceux de la communication « off ». Si ces derniers s’élevaient à 20 millions d’euros, le prix réel serait de l’ordre de 10 à 12 M€ (cash out compris), ce qui correspond à un peu plus que les  capitaux levés par la Bluekiwi. La société était sur une tendance de 2,5 à 3 M€ de CA, ce qui est à la fois un montant conséquent pour une société de Saas française et pas internationale… mais bien faible en regard des investissements consentis. Le sujet est d’ailleurs récurrent.  Nos sociétés logicielles malgré leur réussite n’arrivent pas sur un marché atonique comme la France à faire jeu égal avec nos homologues américains. Il n’empêche, la croissance du marché du RSE est bien là, comme en atteste l’étude de PAC ou de Lecko.  Ce qui est certain, c’est que le projecteur a de nouveau été braqué sur le secteur du 2.0. Comment ne pas penser à Facebook qui dans le grand public réussit une rentrée en Bourse improbable malgré les controverses que cela génère ?

Une vision trop restrictive des réseaux sociaux d’entreprise

Ce rachat montre la place centrale du réseau social d’entreprise dans les stratégies des grands groupes. Cependant, mon opinion est qu’on braque beaucoup trop le projecteur sur la dimension interne et la question de la productivité. Le levier social pour les entreprises est avant tout dans l’activation des « corps intermédiaires » orientés vers l’externe : forces de ventes indirectes, sous-traitants, partenaires multiples d’une entreprise. C’est peut-être la seule dimension que je regrette dans ce rachat : présenter essentiellement le RSE comme un substitut du mail. Mais pour le reste, c’est aussi une bonne nouvelle pour le marché : oui, le RSE est stratégique, oui, les sorties industrielles existent en France et oui, le marché est en croissance en volume et en intérêt.

Partenaire d’hier, concurrent de demain

Une autre dimension retient mon attention. Bluekiwi avait, par sa position de leader, sa place dans le magic quadrant de Gartner. Or, ce dernier joue un rôle particulier auprès des grands intermédiaires de conseil ou SSII. Bluekiwi était partenaire de ces sociétés de services. Mais en passant aux mains d’Atos, il devient de facto concurrent d’Accenture, de Capgemini, de Logica, etc. Le partenaire d’aujourd’hui peut être le concurrent de demain et vice versa… Les cartes vont donc être rebattues au sein des alliances entre les offreurs de réseau social d’entreprise et les distributeurs-intégrateurs.
Pour ma part, j’ai bien connu ces périodes de transitions consécutives au rachat par un grand groupe, notamment lors du rachat par Thales en 2004 d’Arisem, l’entreprise que j’avais fondée huit ans plus tôt. Le temps d’une start up n’est pas celui d’un grand compte, aussi rapide souhaite-t-il cette mutation. Et la mise en place de la stratégie Atos/BK prendra sans doute du temps. Nous verrons d’ici à la fin de l’année quel degré d’indépendance Bluekiwi garde au sein d’Atos : simple offre dans un module plus global ou pire, prétexte interne sans lendemain ? C’est en effet la deuxième fois que Bluekiwi voue son destin à une société « techno » qui « couche » avec un autre RSE : Dassault avec 3DSwym, et maintenant Atos qui est déjà partenaire de Jive concurrent de Bluekiwi… Que deviendra ce ménage à trois ?

Alain Garnier

Ingénieur diplômé de l'IIE (Institut d’informatique d’entreprise), il fonde en 1996 Arisem, éditeur de logiciels spécialisés dans le traitement de l'information sémantique, revendu en 2004 au groupe Thales. En 2005, il crée Evalimage, un service d'étude de notoriété et de perception de marque, basé sur l’analyse automatique des contenus du web. En 2006-2007, il est président de l’Apil (l'association des sociétés qui œuvrent dans le domaine du non-structuré). Aujourd’hui, il dirige Jamespot, éditeur spécialisé dans les réseaux sociaux d’entreprise. Il vient de faire paraître, en mai 2011, son deuxième ouvrage, Les Réseaux sociaux d’entreprise, coécrit avec Guy Hervier, collection Hermès Lavoisier.

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