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La DSI : une Antigone moderne

Comme Antigone, une DSI doit résister aux pressions de ses clients internes et apprendre à dire non..., tout en restant flexible, à l'écoute et ouverte au compromis.

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Etre DSI aujourd’hui, c’est savoir dire non. Dire non aux exigences inflationnistes des clients internes : toujours plus d’espace de stockage, plus de bande passante, des projets réalisés plus rapidement pour moins cher, le nouveau smartphone à la mode, la nouvelle génération de tablette tactile, etc. Dire non, c'est résister aux pressions des clients qui n’hésitent pas à menacer les DSI : « Si je n’ai pas cette fonction-là, j’arrête le déploiement et vous vous expliquerez en haut lieu... » C’est aussi dire non au chantage au cloud incontrôlé : « Si je n’ai pas cette fonction-là, j’irai acheter une offre Saas sans passer par vous ! »… et le cauchemar de votre responsable sécurité informatique devient réalité.

Comme Antigone, il faut oser dire non...

Savoir dire non est une nécessité pour une DSI. Quelle est la valeur ajoutée de dire toujours oui ? Aucune. Autant externaliser toute l’informatique auprès d’une société de service. La valeur ajoutée d’une DSI est de mettre au défi son client, mais aussi d’apporter son expertise, de tempérer les effets des modes et de faire des choix d’entreprise visant le meilleur équilibre de performance pour la société. La DSI est complémentaire aux divisions métier. Il est légitime qu’elle dise non.
Oser dire non, c’est faire référence à Antigone, l’héroïne de la tragédie grecque du même nom écrite par Sophocle (-441 av. J.-C.) et reprise notamment par Jean Anouilh en 1944. Lorsque Polynice, le frère d’Antigone, meurt en tentant de s’emparer du trône de Thèbes, le roi Créon interdit à quiconque, sous peine de mort, d’enterrer son corps. Celui-ci devra rester à l’abandon, en pleine chaleur et à la merci des charognards. Malgré le danger, Antigone brave l’interdiction et tente d’ensevelir son frère avant d'être capturée.
Elle ose dire non au roi au nom de ses convictions. Et lorsque celui-ci la prie de renoncer à sa désobéissance, elle résiste à la pression. Dans la version d’Anouilh, Créon plaide la difficulté de sa tâche et ses obligations. Il est dans la position d’un client interne vis-à-vis de la DSI : « Moi aussi j’ai des objectifs de ventes, si vous ne me fournissez pas ce nouveau projet, jamais je ne pourrai les atteindre. Aidez-moi ! Comprenez-moi ! ». Mais la DSI-Antigone reste centrée et inflexible sur son objectif : « Non. Ce projet nous coûtera trop cher en infrastructure et n’apportera pas assez de valeur pour l’entreprise. »

... mais savoir choisir ses combats

Le roi Créon, s’il veut rester crédible, n’a pas d’autre choix que de la tuer. Comme dans toute bonne tragédie, sa mort entraîne celle du fiancé d’Antigone, le fils du roi, puis celle de la reine, qui ne supporte pas la mort de son fils unique.
Certains penseront peut-être que l’analogie avec la DSI reste valable : une DSI, perçue comme centre de coûts, qui s’obstine est externalisée, et la société tout entière en meurt. Je préfère, pour ma part, arrêter là la comparaison. Car dans un contexte professionnel, Antigone a sûrement manqué de flexibilité, d’écoute et de compromis. « Il nous faut résister un peu à l’enthousiasme que nous inspire le portrait de cette jeune femme insurgée : si Antigone avait totalement raison et le pouvoir absolument tort, si la tragédie pouvait se résumer à cela, Sophocle et ses successeurs n’auraient pas pris la peine de l’écrire », remarque Nathalie Kosciusko-Morizet dans son livre Tu viens ? aux éditions Gallimard. Elle poursuit, en s’interrogeant sur le sens de cette opposition : « Lorsqu’on gouverne et qu’on doit faire des choix, que faut-il protéger et préserver ? » En substance : quand doit-on rester ferme sur sa décision, et quand pouvons-nous trouver un compromis ?
Une DSI qui dirait non tout le temps ne serait plus crédible. Elle serait perçue comme une sorte de contre-pouvoir isolé dans sa tour d’ivoire et nuisible à la création de valeur. Cela n’est pas le but. Antigone nous montre qu’il faut savoir choisir ses priorités : une DSI doit choisir ses combats.

Pierre Raufast

Ingénieur des Mines de Nancy, il travaille depuis dix ans dans l’informatique industrielle. Amateur de mélange des genres, il est notamment l’auteur de Jean de La Fontaine : leçons pour survivre en entreprise au milieu des loups et des renards, aux éditions Maxima.

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