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L'innovation passe par l'échec

De nombreuses entreprises reconnues pour leur capacité à innover ont aussi connu des échecs importants. Source d'apprentissage, les échecs servent souvent aux réussites futures.

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Dans son article intitulé « Why Failure Is The Foundation of Innovation », Paul Schoemaker, professeur à Wharton, explique pourquoi l'une des conditions nécessaires à l'innovation en entreprise est une culture capable d'accepter les échecs.
 

Tout est question de culture d’entreprise

Sa démonstration est intéressante. Elle s'appuie sur le fait que de nombreuses sociétés mondialement connues pour leur succès en matière d'innovation, et en particulier disruptive, ont aussi connu des échecs retentissants d'un point de vue commercial. Mais avec le recul, ces derniers apparaissent souvent comme nécessaires à la genèse de projets ultérieurs réussis.
Pour l'auteur, ne pas accepter l'échec, c'est refuser le risque en général, et donc, par définition, se couper des principales opportunités de croissance.
Sa démonstration, succincte, repose sur quelques exemples prestigieux ainsi que sur des citations d'hommes d'affaires ou de philosophes, avant de conclure que, finalement, tout repose sur la culture de l'entreprise.

Un cas d’école : l’innovation chez BIC

Au-delà du fait que je suis profondément d'accord avec la thèse de l'auteur, je souhaiterais apporter quelques précisions supplémentaires que m'évoque son article.
Tout d'abord, comme exemple emblématique d'une culture acceptant l'échec, je voudrais citer la société BIC. Cette entreprise s'est rendue célèbre à plusieurs titres :
- Elle a lancé avec succès des produits innovants de rupture à quatre reprises (au moins)  : stylos à bille, rasoirs jetables, briquets, planches à voile. La plupart des sociétés ont de la chance quand elles y parviennent une fois… Et, dans deux cas au moins, le lancement s'est effectué dans un contexte d’opposition forte des acteurs concurrents existants. Il aura ainsi fallu sept ans de persévérance pour que le rasoir jetable trouve sa place.
- Par contre, elle a échoué à commercialiser des parfums bon marché. Ce ratage sert de preuve par l'absurde aux étudiants des écoles de commerce. Ce qui n'est pas enseigné en revanche, c'est que le groupe BIC a quand même réussi à gagner de l'argent dans cette histoire… en revendant  des usines et des brevets qui couvraient la fabrication de vaporisateurs innovants. Voilà un échec plus rentable que bon nombre de succès reconnus.

Aux origines : l’inventeur de l’imprimerie

Gutenberg, quant à lui, s'il est mondialement célèbre pour l'invention de l'imprimerie en Europe, est moins connu pour la façon dont son invention s'est mise en place :
- Dans un premier temps, de 1439 à 1444, il échoue totalement dans un projet de fabrication et de vente de miroirs de métal poli. Mais cette tentative lui permet de nouer de nombreux contacts parmi les métallurgistes et les financiers, deux professions cruciales pour son invention suivante. Ayant vu s'évaporer le capital qui lui avait été prêté (on parlerait aujourd'hui des fonds propres apportés par des capitaux-risqueurs), Gutenberg travaille alors sur une autre invention qui lui permettrait de rembourser ses créanciers.
- Dans un second temps, de 1448 à 1455, il met donc au point l'imprimerie à caractères mobiles, qui demande des innovations majeures pour le papier, l'encre, la presse, et les caractères d'imprimerie. Aujourd'hui encore, les Bibles de Gutenberg font partie des plus beaux ouvrages jamais imprimés. Au cours de ces sept années, il emprunte à de multiples reprises auprès d'un certain Fust, tant et si bien que ce dernier finit par saisir l'imprimerie pour l'utiliser à ses propres fins… Heureusement, Gutenberg sera reconnu pour la portée de son invention et finira dans une situation aisée.

Savoir apprendre de ses erreurs

A travers ces deux illustrations, on voit que l’image d’Epinal attachée au succès ou à l’échec recouvre une réalité plus compliquée : l’innovation demande de la persévérance ; un lancement réussi ne profite pas toujours à l’inventeur ; avoir raison trop tôt, c’est avoir tort. Qui se souvient du lancement, en 2000, par Cytale, du Cybook, une tablette haute définition, en couleurs, tactile, format A4, capable de fonctionner en tant que liseuse ou pour naviguer sur internet ? A l’époque, les experts nous avaient pourtant prévenus qu’il n’y aurait jamais de marché pour un tel « machin ».
En revanche, l’échec est toujours une leçon apprise (parfois douloureusement), qui forme le terreau des succès ultérieurs… à condition que l’on soit prêt à apprendre, humblement, de ses erreurs et de ses faiblesses.

Valoriser les copieurs et pas que les inventeurs

Par ailleurs, je voudrais faire référence à un autre pilier de la culture de l'innovation, qui est celui de la copie, ou de la réutilisation d'idées ingénieuses venues d'ailleurs. On parle toujours des inventeurs mais, dans une organisation, il est important de valoriser également ceux qui appliquent avec succès des recettes ou des procédés qu'ils n'ont pas inventés. Dans le cas où seules les idées nouvelles sont valorisées, l'organisation exacerbe son rejet du « pas inventé ici » et progresse du même coup beaucoup plus lentement.

Succès et échecs ne font pas partie de la culture française

Enfin, pour en finir sur la culture de l'échec, je rappelle qu'une étude publiée en 2008 par la Harvard Business Review, intitulée « Performance Persistence in Entrepreneurship », montrait que le taux de succès des entrepreneurs aux Etats-Unis est de 30 % s'ils ont déjà lancé avec succès une entreprise précédemment ; de 18 % s'ils ne l'ont jamais fait ; et de 20 % s'ils ont échoué dans une entreprise précédente. Ceci dit, ceux dans ce dernier cas de figure seront tout de même respectés pour avoir essayé et trouveront peut-être aussi plus facilement des capitaux… Ce qui n’est pas nécessairement le cas en France.
Les questions qui se posent en France sont particulières :
- Réussit-on moins facilement dans un pays qui ne valorise pas le succès ? (ce qui est sans doute le cas chez nous, où on envie la réussite plus qu'on ne la respecte)
- Comment réussir dans une culture qui a peur de l'échec, en plus de le stigmatiser ?

Marc Devillard

Diplômé de Polytechnique, Ponts et INSEAD, Marc Devillard débute sa carrière chez McKinsey puis rejoint le groupe BIC, avant de diriger en 2000 sa première entreprise (conception et fabrication d'un livre électronique). En 2003, il intègre Microsoft en tant que responsable des produits Office pour la France et des opérations marketing pour l'Europe de l'Ouest. De 2008 à 2010, il est directeur d'investissement chez Crédit agricole Private Equity. Fort d'un goût marqué pour la création et la reprise d'entreprise, il reprend Motivation Factory en 2011.

 

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