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Le collaboratif n’existe pas

Les salariés ont, la plupart du temps, trop peu envie de collaborer. Ils auraient pourtant tout à gagner à s'y mettre, quitte à faire semblant pour commencer.

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Le marché de l’entreprise collaborative, et plus particulièrement des réseaux sociaux d’entreprise, existe depuis un moment déjà, et pourtant c’est un marché qui ne tient pas ses promesses. Aucune société n’a réussi à valider aujourd’hui l’immense espoir qu’il portait. Si l’on exclut Yammer et Jive qui sont des réussites financières, sans pour autant avoir atteint la rentabilité, aucune société n’est sortie par le haut de ce secteur. De très nombreuses sociétés se sont fait acheter (Socialcast, Bluekiwi, Podio…) sans qu’on en connaisse le montant – c’est-à-dire mal. D’autres ont fermé ou se sont réorientées (Socialwok, Theflowr…).

La plupart des salariés n’ont aucune envie de collaborer

Pourquoi ce marché est-il si mouvementé ? Plusieurs événements récents m’ont incité à écrire cet article : la réception d’un cahier des charges complet sans avoir été contacté auparavant par l’entreprise ; un cabinet de consultants demandant pour son étude de référence de remplir une grille de plus de 350 critères ; un prospect qui m’inonde de questions techniques me demandant un nombre incroyable de détails pour finir par un « nous ne sommes pas prêts pour un outil tel que le vôtre ». Et le problème est bien celui-ci : le marché du collaboratif ne décolle pas, tout simplement parce que les « collaborateurs » de l’entreprise n’ont aucune envie de collaborer !
Fâché, vous dites-vous ? eh bien oui, je le suis. Je le suis car je suis un passionné d’internet. J’ai participé avec bonheur aux débuts d’internet, du site personnel à la SARL puis à l’introduction en Bourse. Dix ans après, en 2008, toujours passionné, je me suis lancé dans l’internet 2.0. J’étais à l’époque enthousiasmé par cette nouvelle façon de communiquer, de construire et d’interagir en réseau au gré de ses envies et de ses centres d’intérêts ; cette façon de remettre l’humain au cœur des échanges, de court-circuiter la communication descendante pour la remplacer par des échanges horizontaux, qui a bouleversé et va continuer encore à bouleverser nos usages quotidiens.

Un réseau social d’entreprise n’est pas un Facebook

Cinq ans après, le constat est contrasté. Je ne dis pas que les réseaux sociaux d’entreprises sont condamnés à l’échec, bien au contraire : je suis persuadé que dans dix ans, plus de 90% des entreprises en seront équipées, y compris les PME. Malheureusement, dans la plupart des cas, ils seront mal ou partiellement utilisés ; mais entre un intranet qui ne marche pas du tout et un réseau social d’entreprise (RSE) qui marche un peu, c’est déjà un moindre mal. Utilisés à bon escient, les RSE sont pourtant des outils de productivité, de réactivité et de formation. Ce sont aussi des moyens de créer un esprit d’entreprise et de diffuser des valeurs (humaines, d’entreprise ?).
Le premier handicap d’un réseau social, c’est son nom, car l’idée d’un RSE n’est certainement pas de reproduire un Linkedin ou un Facebook. C’est une plate-forme de communication, basée sur un concept radicalement nouveau d’information envoyée vers on ne sait pas trop qui et lu par on ne sait pas trop qui non plus… mais qui fonctionne (n’en déplaise à certains comme Fred Cavazza).
 

Ce n’est pas le nombre d’utilisateurs qui compte mais les liens

Son nom, réseau social, fait croire qu’il faut être nombreux pour que ce soit intéressant. C’est une idée totalement fausse ! Un réseau social n’a pas besoin de beaucoup de membres, il a besoin de liens. Un grand nombre d’utilisateurs ne sert qu’à trouver des liens. Mais dans une PME ou dans une équipe, ces liens préexistent. Vous seriez étonnés de voir la quantité d’échanges au sein de petites structures sur ce type de plates-formes, pour peu que les salariés aient envie de travailler ensemble. Et par ricochet, la réactivité que cela apporte en termes de support client, de partage de bonnes pratiques ou de synchronisation entre le marketing, le commercial et la production. En particulier pour des équipes distantes géographiquement.
Mais pour cela, il faut avoir quelque chose en plus : l’envie de travailler ensemble. La volonté de ne pas tricher, l’idée que l’entreprise devient un espace commun de vie où les intérêts convergent et où il n’est plus nécessaire de tricher. Les salariés comprennent qu’ils travaillent avec des personnes et qu’ils se doivent un respect réciproque. Que l’autre n’est pas leur ennemi, qu’on gagne à ne pas cacher les problèmes et qu’on a le droit de se tromper. Que chacun d’entre nous compte et peut compter sur l’autre – sans pour autant qu’on soit obligé de faire la fête ensemble le week-end.
 

La collaboration née de l’envie d’aller à la rencontre de l’autre

Cet esprit qui est la base du 2.0 n’est, hélas, pas la règle dans de nombreuses entreprises. Sans individu, il n’y a pas de 2.0 ni de collaboration. Cette dernière ne se décrète pas, elle est la conséquence d’une envie. L’envie d’aller à la rencontre de l’autre. Si vous ne pensez pas à l’autre, vous ne partagez pas, si vous ne partagez pas, vous recevez moins. Les Anglo-Saxons ont bien compris l’importance du problème et y ont apporté une solution : ils font semblant. Et ce n’est pas si mal. Cela permet d’amorcer le processus collaboratif puisque chacun s’astreint à partager et à prendre l’autre en considération. Ami de l’Hexagone, si tu n’as pas envie de collaborer, fais au moins semblant, ce sera plus agréable pour tout le monde !
Si l’humain est la clé du processus collaboratif, que penser de ces cahiers des charges et de ces tableaux Excel avec des centaines d’entrées censées décrire la future plate-forme collaborative ? Ils sont l’indice annonciateur, si ce n’est la preuve de l’échec à venir (si vous avez besoin d’être convaincu, allez lire l’excellent article de Fabienne Vandekerkove sur les cahiers des charges). Comment construire les bases d’une relation d’échanges au sein de son entreprise à partir d’une grille froide ?

Un cahier des charges se discute, il ne s’impose pas

Le réseau social est encore un sujet bien trop nouveau pour l’acheter comme des ramettes de papier 80 grammes ou des boîtes de conserve. Oubliez la fonctionnalité de la ligne 167 de votre tableur dont vous pensez absolument avoir besoin et prenez le temps de discuter avec des éditeurs européens du secteur comme Alain Garnier, Antoine Perdaens ou moi-même, et vous allez découvrir quelque chose d’incroyable : nous connaissons bien mieux internet que Monsieur Ballmer qui édite Sharepoint, peut-être mieux que vous et en tout cas certainement mieux que le stagiaire, le junior (ou l’externe, c’est selon) qui a été mis sur le sujet dans votre entreprise. Contrairement à ce qui semble être admis, l’éditeur de logiciels n’est pas votre ennemi, c’est un partenaire avec lequel vous pouvez nouer une relation constructive dans la durée.
Pour conclure et pour ne plus perdre de temps à remplir inutilement des fichiers Excel, lorsque nous recevrons de la part d’un client potentiel un cahier des charges sans en avoir discuté préalablement, je lui demanderai de m’écrire un « certificat interne d’envie ». Il devra stipuler que : dans son entreprise, les collaborateurs ont effectivement envie de travailler ensemble, sur un objectif commun et qu’ils souhaitent se donner les moyens de l’atteindre de façon transparente, horizontale et avec la contribution de chacun. Sous le regard des autres et avec le risque de se tromper !
En avez-vous envie ?

Sunny Paris

Sunny Paris est CEO et cofondateur de Yoolink. Docteur en physique théorique et passionné d’internet, il crée dès 1996 son premier site interactif. En 1998, il cofonde Weborama, une société spécialisée dans les technologies de marketing interactif et l’introduit en Bourse en 2006. Il y occupe les postes de CEO et de directeur de la R&D. En 2008, il se lance dans l’aventure 2.0 avec la création de Yoolink qui édite YoolinkPro, une solution de réseau social privé en Saas (Software as a Service). Vous pouvez le suivre sur Twitter : @noryus.

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