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Licences : les entreprises soumises à la voracité des éditeurs

L’Afnor vient de lancer un groupe de travail pour la rédaction d’un guide d’application de la norme ISO de gestion des licences. Une initiative qui intervient alors que les éditeurs imposent aux entreprises des audits de conformité.

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Trois quarts des entreprises confient rencontrer des difficultés pour identifier les logiciels inutilisés et en redistribuer les licences. Certes, il s’agit là d’une façon pour CA Technologies, l’éditeur qui a mené l’étude, de promouvoir ses outils de gestion des actifs immatériels.
Mais ce chiffre n’en reflète pas moins une triste réalité. A ce titre, l’initiative récemment lancée par l’Afnor pour la rédaction d’un guide pratique d’application de la norme ISO de gestion des actifs logiciels (norme ISO/IEC 19770-1:2012) mérite donc d’être saluée.
Le groupe de travail, constitué d’éditeurs, d’entreprises utilisatrices et de prestataires, est animé par des membres de la BSA (Business Software Alliance), l’organisation regroupant les grands fabricants de logiciels propriétaires.
L’objectif est, bien évidemment, de faire preuve de pédagogie pour aider, via des exemples pratiques, les sociétés à appliquer ce genre de normes souvent absconses.

Rationaliser son parc de licences

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La nouvelle version de la norme, rénovée en 2012, est néanmoins davantage opérationnelle et mieux adaptée à la réalité des entreprises que la première version (datant de 2006) qui n’avait pas réellement pris racine au sein des organisations.
« L’intelligence des concepteurs de la nouvelle norme est d’avoir défini un périmètre d’application variable : l’entreprise peut choisir de l’appliquer sur les serveurs ou les postes de travail, mais aussi par palier de certification », relève Raphaël Coche, spécialiste de la gestion des licences chez Amettis.
Elle prend en compte quatre paliers de maturité, correspondant à la mise en place de la gestion de la conformité logicielle : de la fiabilisation des données d’inventaire et des droits acquis pour le premier niveau, jusqu’à la gestion des licences dès le démarrage d’un nouveau projet.
Autre argument qui devrait concourir au succès de cette nouvelle version : si elles restent mal préparées, les organisations ont au moins pris conscience de l’intérêt de s’attaquer au chantier complexe de la gestion de la conformité logicielle.
Et ce pour deux raisons : la recrudescence depuis deux ou trois ans d’audits de conformité réalisés par les éditeurs, pour qui la pratique est devenue un business florissant, et la découverte des économies qu’elles pouvaient réaliser en rationalisant leur parc de licences.
Le premier sujet, surtout, a servi d’électrochoc. Les entreprises réalisent désormais à quels risques financiers elles s’exposent, les régularisations pouvant atteindre des centaines de milliers d’euros, voire des millions d’euros dans certains grands comptes. Le genre de dépense imprévue qu’une banque, par exemple, cherche à éviter. Profitant des lacunes des sociétés en la matière, les éditeurs, depuis deux ou trois ans, s’engouffrent dans la brèche.
« Ce n’est plus un secret que les audits de conformité sont devenus un axe de croissance pour les éditeurs, alors même que les ventes de licences stagnent. Croire que l’audit n’arrive qu’aux autres ou que les éditeurs ne travaillent pas à la complexité du sujet des droits d’usage pour faire du business, c’est se voiler la face », relève ce responsable de la gestion des biens immatériels dans une banque.
La preuve, s’il en fallait une. Publié en octobre dernier sur le web, un mémo interne de Microsoft mentionne son intention de visiter 30 000 de ses comptes aux Etats-Unis sur la période 2012-2014.

SQL Server 2012, 2,5 fois plus chère à l'usage que la version 2005

Mais Microsoft n’est pas le seul : Oracle, SAP, IBM…, tous ces grands acteurs dont l’entreprise peut difficilement se passer ont, depuis quelques années, développé cette pratique. Mauvaise préparation des acteurs, difficulté à réconcilier les licences achetées et celles réellement utilisées, droits d’usage de plus en plus complexes…, le rapport de forces est ici à l’avantage des éditeurs.
Le travail de valorisation des licences utilisées est d’autant plus ardu pour les sociétés que les éditeurs ont, ces dernières années, fait preuve de trésors d’imagination pour complexifier les contrats de licences. Sous prétexte de suivre les évolutions technologiques, les modes de calcul de licences évoluent régulièrement.
A titre d’exemple, on est ainsi passé en quelque temps pour Microsoft SQL Server de tarification par processeurs, puis par nombre d’unités de calcul (cœurs ou core) par processeurs, puis au v-core (coeur virtuel). Ainsi, par rapport à la version 2005, la version 2012 coûte 2,5 fois plus chère pour le même matériel… Officiellement, il s’agit de s’adapter aux évolutions technologiques comme la virtualisation. En réalité, il s’agit de vendre plus cher un même nombre de licences.
A l’aune de ce constat d’ensemble, il est donc pour le moins surprenant que la BSA soit à l’origine de la rédaction d’un guide pour une meilleure gestion des licences logicielles. Mais sans doute l’organisation joue-t-elle l’ambiguïté en soufflant le chaud et le froid. Montrer sa bonne volonté pour aider les entreprises à gérer mieux leurs licences, tandis que ses membres cultivent en toile de fond une démarche agressive d’audits de conformité.

2 questions à Jean-Sébastien Mariez, avocat

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Jean-Sébastien Mariez est avocat au cabinet De Gaulle Fleurance & Associés et animateur du groupe de travail de l’Afnor.

01 : Pourquoi est-ce la BSA qui pilote ce groupe de travail pour la rédaction d’un guide ?

J-S M : En fait, la BSA a été active au niveau de la conception de la norme ISO/IEC 19770-1:2012. La préoccupation est désormais d’aller au-delà de cette norme internationale, de la traduire et d’en faire un guide d’application. Des rapprochements ont eu lieu entre éditeurs, SSII et entreprises utilisatrices, auxquels s’est jointe la BSA. Mais la rédaction du guide relève avant tout de la préoccupation de l’Afnor

01 : La multiplication des audits de conformité est-elle abordée ?

J-S M : Non, ce n’est pas l’objet de ce groupe de travail et de la norme. Mais, bien sûr, c’est dans l’intérêt d’un éditeur de logiciels que son client gère bien ses licences.

Cet article est paru dans 01 Business & Technologies du 31 janvier

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