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Pourquoi, cette fois, la révolution technologique est vraiment différente

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Les informaticiens sont habitués, tous les dix ans, à remettre en cause leurs pratiques afin de s’adapter aux nouvelles technologies. Après les années 70 où l’informatique se déclinait en traitements batch et en listing, les années 80 ont vu apparaître les bases de données et les systèmes transactionnels. Lesquels ont adopté les architectures client-serveur dans les années 90, avant que les services Web ne s’imposent dans les années 2000.
Les années 2010 seront celles du cloud et des applications mobiles, qui donneront naissance à une informatique contextuelle; alliés à l’explosion des réseaux sociaux, ces services généreront des masses de données toujours plus importantes qui feront de chacun d’entre nous à la fois des consommateurs et des producteurs de données («prosumers»).
Dans l’ouvrage ThisTime is Different: Eight Centuries of Financial Folly, publié en 2009, les auteurs Carmen M. Reinhart et Kenneth S. Rogoff indiquaient que les crises financières se répétaient toujours autour des mêmes fondamentaux (surendettement privé et/ou public). L’expression «Cette fois, c’est différent», employée lors de la constitution de chaque nouvelle bulle, se révélait donc systématiquement erronée.
Pourtant, dans le domaine des nouvelles technologies et de l’informatique, «cette fois-ci, c’est vraiment différent». En effet, le cycle informatique du cloud et des applications mobiles s’inscrit dans le sillage d’un cycle beaucoup plus long: naissance de l’écriture chez les Sumériens 3000 ans avant notre ère, offrant à chacun la possibilité de produire une information qui restait longtemps confinée dans les cercles érudits ; puis l’invention de l’imprimerie au XVe siècle a permis à cette information de se diffuser au plus grand nombre.
L’adoption (en trois ans) des smartphones par près d’un milliard et demi d’hommes, combinée à la participation d’un milliard d’entre nous à des réseaux sociaux, constitue la troisième vague de ce cycle long. Bientôt, un quart de l’humanité sera en mesure de consommer, mais aussi de produire, de l’information, en s’appuyant sur le principe de la collaboration et non plus seulement sur la communication.
Michel Serres a décrit cette nouvelle révolution : «Le monde a tellement changé que les jeunes doivent tout réinventer. Nos sociétés occidentales ont déjà vécu deux révolutions: le passage de l’oral à l’écrit, puis de l’écrit à l’imprimé. Comme chacune des précédentes, la troisième, tout aussi décisive, s’accompagne de mutations politiques, sociales et cognitives. Ce sont des périodes de crises.»
De l’essor des nouvelles technologies, un nouvel humain est né: Michel Serres le baptise «Petite Poucette», clin  d’œil à la maestria avec laquelle les messages fusent de ses pouces lorsqu’il utilise son smartphone.

«Bientôt, un quart de l’humanité consommera, mais aussi produira, de l’information»

Chez Atos, nous réfléchissons aussi à ces nouveaux usages. Journey 2016, la dernière publication de notre communauté scientifique – composée des 100 meilleurs scientifiques du groupe travaillant dans le monde entier – détaille notre vision pour aborder ce nouveau monde, reprenant une chanson célèbre: «It’s the End of theWorld as we Know it (AndI Feel Fine).»
Cette vision s’appuie sur quatre grandes tendances à cinq ans: la globalisation, la démographie, l’économie durable, et la confiance. Et pour préfigurer 2016 et caractériser la rupture d’une entreprise sans frontière (le sous-titre de Journey 2016), nous avons retenu quatre exemples.
Le premier porte sur l’innovation ouverte. Celle-ci rendra caduque la guerre des brevets et renforcera la recherche précompétitive pour préparer ce monde nouveau, créant une entreprise sans frontière.
Le deuxième concerne la maîtrise de l’explosion des données générées par chacun de nous dans les réseaux sociaux, produites par les «apps» et par l’Internet des objets. Ils pourront, si nous le souhaitons, soit améliorer notre vie en nous donnant accès instantanément au contexte, soit aider à mieux analyser nos comportements.
Le troisième exemple touche à l’économie des données personnelles qui rendra possible l’éclosion de marchés à multiples segments(vingt ans après leur invention par les économistes).

« Dans les économies émergentes, le smartphone sera le premier point d’entrée numérique »

Des plates-formes dans le cloud nous offriront la possibilité d’accéder à de nombreux services à partir de nos smartphones. Cet accès sera gratuit ou facturé à un prix modique, pour autant que nous acceptions que les données personnelles générées par ces services soient mises à disposition auprès de partenaires économiques.
Ce sont ces derniers qui les financeront. La maison connectée dotée de compteurs intelligents; la voiture connectée capable de trouver elle-même des sources d’énergie et de renforcer la sécurité ; le patient connecté qui gérera lui-même sa dépendance: autant d’exemples où la demande est présente, mais où la rentabilité sera facilitée par la reconnaissance de la valeur des données personnelles.
Ces informations feront de chacun d’entre nous des contributeurs (sans en être des employés) aux entreprises, lesquelles nous fourniront les services faisant tomber les frontières.
Enfin, le dernier exemple porte sur l’avènement d’une société sans cash. Le mobile sera l’outil de paiement des mondes réel et virtuel. Ce modèle sera poussé par les économies émergentes, où le smartphone sera le premier point d’entrée dans ce monde du numérique.
En lançant son initiative «zéro mail» en 2012, Atos, avait déjà tiré les conséquences de l’arrivée des nouvelles générations dans les entreprises et de leur usage massif des smartphones. Avec Journey 2016, nous voulons contribuer à l’avènement de ce monde nouveau et vous en proposer quelques clés.

Thierry Breton, PDG d’Atos

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Thierry Breton est président-directeur général du groupe Atos depuis 2009. Ancien ministre français de l’Économie, des Finances et de l’Industrie, il a été PDG de France Telecom, deuxième opérateur télécom européen, et PDG de Thomson. Il a également occupé les fonctions de directeur général adjoint puis administrateur délégué – vice-président du groupe informatique Bull.  Thierry Breton a été professeur à la Harvard Business School, où il enseignait le leadership et la gouvernance d’entreprise. Il a été décoré du titre d’Officier de la Légion d’honneur et Commandeur de l’Ordre national du Mérite.

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