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Le RSE : un lanceur d’alerte en entreprise ?

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Les affaires Bradley Manning et Edward Snowden sont-elles le reflet du mal qui touche le monde digital en ce début du 21ème siècle ?  Quoiqu’il en soit, ces deux affaires ont mis les lanceurs d’alertes sur le réseau numérique au cœur de l’actualité et des médias.Rappelons qu’Edward  Snowden a révélé au grand public l’existence de PRISM, un vaste programme d’interception, d’écoute et de collecte de données personnelles, notamment (et principalement) dans les réseaux sociaux comme Facebook.

Le parallèle est donc rapide pour un employé… Y a-t-il un PRISM caché dans chaque organisation derrière le Réseau Social d’Entreprise (RSE) ? Sommes-nous tous surveillés par nos employeurs ? … Eh bien oui… Il faut le savoir. Les RSE fournissent le plus souvent « en natif » un accès aux données produites. Bien sûr, seuls des « super administrateurs » ont accès à ces informations. Mais quand même, la possibilité est bien là.
En revanche, de mon expérience, je ne connais pas de réseau ou la direction « surveille » ses salariés comme des espions le feraient dans l’attente d’informations confidentielles. La raison en est bien simple : ce qui se dit au sein un RSE est d’ordre professionnel. Donc, si l’on excepte les questions de confidentialités, tout ce qu’un employé écrit, échange, partage sur un RSE peut être lu par le PDG sans problèmes particuliers. Il n’y a pas de « privacy » ou d’informations qui n’auraient pas lieu d’être dans le RSE. À quoi bon alors filtrer le réseau ?
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Tous des lanceurs d’alerte potentiels

Le RSE construit un système où tout ce qui s’échange est traçable. C’est à la fois formidable et effrayant.
Formidable quand il s’agit de retrouver à tout moment le contexte dans lequel une information a été donnée, de faciliter le partage de la connaissance, de capitaliser sans efforts…  Effrayant de se dire que toutes les bêtises qu’on a proférées, les erreurs, les approximations, les oublis apparaissent aussi au grand jour. C’est bien pourquoi un RSE se propage dans de bonnes conditions, si la bienveillance et la capacité de relativiser et de contextualiser est une règle éthique de l’entreprise dans lequel il se déploie.

Mais il y a aussi des erreurs que font les entreprises. Prenons cet exemple d’une société de traitement de déchets qui n’a pas écouté un de ses employés sur les risques de Légionellose (bactérie mortelle) sur un nouveau procédé qu’il contestait… Ce lanceur d’alerte  n’a pas été entendu. Résultat : des dizaines de morts à la clé. Le RSE ouvre la voie aussi à une plus grande transparence sur les prises de décisions. Elles apparaissent noir sur blanc dans les flux de discussions. Plus précis encore que le mail. Plus pérenne aussi. Et surtout global. Chacun a la même vision, là ou le mail renvoie à des « instants de communication » et non pas à un « espace commun de communication ».

Le gouvernement vient de renforcer les droits et les protections des lanceurs d’alerte dans les entreprises à travers un projet de loi récent. Le texte veut éviter que les lanceurs d'alerte soient victimes de discriminations professionnelles "pour avoir relaté ou témoigné, de bonne foi", à leur employeur ou aux autorités, "des faits relatifs à un danger pour la santé publique ou l'environnement" dont ils auraient eu connaissance par leurs fonctions. Cela rentre complétement dans le cadre du RSE qui amène les dirigeants à repenser la question du risque.
Plutôt que de le cacher coûte que coûte, l’heure est venue de renverser cette approche pour co-construire avec les parties prenantes concernées les décisions au plus juste en fonction du contexte. Le RSE est le lieu où on peut voir cette pensée et ces décisions évoluer. Les explications apparaissent sur tel ou tel report, tel niveau de sécurité choisi et quand chacun agit de bonne foi selon les informations qu’il détient il n’y a pas à contester les effets mêmes néfastes qui peuvent en découler. « Errare humanum est »  mais on oublie souvent la suite : « Perseverare diabolicum ».

L’affaire Snowden est donc la mise en lumière d’un lanceur d’alerte qui nous fait prendre conscience que nous sommes tous des lanceurs d’alerte potentiels à la fois écoutés dans nos réseaux sociaux personnels, mais aussi professionnels… comme le sont les employeurs et maintenant la CIA mise sur la sellette. On n’a jamais été si prêt du panoptique numérique imaginé par Jeremy Bentham le siècle dernier qui cherchait à minimiser le coût et le contrôle publique et policier. Où tout le monde surveille tout le monde. D’autres diront : tout le monde coopère avec tout le monde. Que ce soit l’un ou l’autre. Nous y sommes.

Alain Garnier

Ingénieur diplômé de l'IIE (Institut d’informatique d’entreprise), il fonde en 1996 Arisem, éditeur de logiciels spécialisés dans le traitement de l'information sémantique, revendu en 2004 au groupe Thales. En 2005, il crée Evalimage, un service d'étude de notoriété et de perception de marque, basé sur l’analyse automatique des contenus du web. En 2006-2007, il est président de l’Apil (Association des sociétés qui œuvrent dans le domaine du non-structuré). Aujourd’hui, il dirige Jamespot, éditeur spécialisé dans les réseaux sociaux d’entreprise. Il vient de faire paraître, en mai 2011, son deuxième ouvrage, Les Réseaux sociaux d’entreprise, coécrit avec Guy Hervier, collection Hermès-Lavoisier.

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