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Les industries de demain naissent au coeur des Fab Labs

Ces usines en accès libre, où l'on trouve des imprimantes 3D et des machines-outils pilotées par ordinateur, sont en train de dessiner ce que sera peut-être l'industrie de demain.

En juin 2012, Barack Obama a présenté un grand plan destiné à relancer la production industrielle aux Etats-Unis. L'un des éléments les plus remarquables de ce projet consiste à créer un réseau national de “ laboratoires de fabrication ” ouverts à tous. Le concept de ces Fab Labs (Fabrication Laboratory) a été élaboré en 2001 par Neil Gershenfeld, professeur de physique au prestigieux MIT (Massachusetts Institute of Technology).
Le premier Fab Lab était un lieu où les étudiants avaient libre accès à des microscopes électroniques, des machines à rayons X, des machines-outils et des imprimantes 3D. L'initiative s'est répandue comme une traînée de poudre dans de nombreuses universités, puis des associations se sont créées dans le but d'ouvrir à tous l'accès aux moyens de production.
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Tout le monde peut venir travailler dans un Fab Lab : entrepreneurs, designers, artistes ou simples bricoleurs du dimanche… afin d'y concevoir un prototype, de le mettre au point, voire de commencer une fabrication en série. Ces ateliers sont imprégnés d'un esprit un peu geek, mais surtout communautaire : les utilisateurs s'y entraident, selon leurs compétences.
L'association internationale des Fab Labs en recense aujourd'hui 500 de par le monde. Plus qu'un simple “ buzz word ” (terme à la mode), il s'agit bel et bien d'une nouvelle façon de penser l'industrie qui émerge, où de petites entités autonomes travaillent en réseau. Pour Barack Obama, c'est une piste à suivre pour ramener la production industrielle dans les pays développés.
Soutien gouvernemental. Le concept a attendu 2009 avant de franchir l'Atlantique et de débarquer en France avec Artilect, le premier Fab Lab hexagonal créé par Nicolas Lassabe, un ingénieur de recherche revenu des Etats-Unis. C'est dans cet atelier toulousain qu'est, par exemple, né le prototype d'OZ, le premier robot agricole fonctionnant par guidage automatique et conçu par la start up Naïo Technologies.
Depuis, l'engouement autour de l'impression en 3D a popularisé le concept de Fab Lab et la France en compte désormais une cinquantaine. Ils sont, pour la plupart, adossés à des établissements d'enseignement supérieur. Le gouvernement espère d'ailleurs bien profiter de leur jeune notoriété pour développer ce réseau et le professionnaliser… car bon nombre ne fonctionnent pour le moment que grâce au bénévolat de leurs membres.
En décembre dernier, Fleur Pellerin avait annoncé sur Twitter la volonté du gouvernement de voir éclore des Fab Labs partout en France. La ministre déléguée aux PME, à l'Innovation et à l'Economie numérique est passée aux actes quelques mois plus tard en lançant un premier appel à projets dans ce domaine. Actuellement en cours de dépouillement, les dossiers retenus se verront accorder des aides de 50 000 à 200 000 euros.
Emmanuelle Roux, qui a fondé avec Laurent Ricard le FacLab – le Fab Lab de l'université de Cergy-Pontoise –, ainsi que La Forge des possibles, à la Roche-sur-Yon, insiste sur l'intérêt de cette initiative. “ Les Fab Lab ont aujourd'hui besoin de financements pour devenir autonomes, explique la jeune femme. Un modèle 100 % public est possible, à l'image des médiathèques qui se dotent d'imprimantes 3D. Mais ce n'est pas le seul imaginable : un lieu comme La Forge des possibles repose totalement sur le bénévolat. Le FacLab, lui, dispose de locaux et d'un permanent, uniquement grâce à l'aide de l'université de Cergy-Pontoise. ”
Ce lieu a ainsi accueilli 8 000 personnes en 2012. “ Il s'agit aussi bien de chefs d'entreprise, d'étudiants et d'artistes que de chômeurs ou de retraités. C'est tout le pari d'un Fab Lab : décloisonner les communautés pour faire naître les idées et engendrer de nouveaux projets. ” Parmi eux, le DOM (Digital Object Maker), une imprimante 3D en kit, à un prix accessible, élaborée dans le FacLab avec l'aide de la plate-forme de financement participatif KissKissBankBank.
Pour les politiques, l'intérêt purement économique des Fab Labs est évident : ils permettent aux porteurs de projet d'avoir très simplement accès à des moyens de production et à un soutien technique. Et stimulent donc la création de start up. Mais les grands groupes industriels se penchent aussi de prêt sur le concept. Renault est d'ailleurs l'un des premiers groupes français à avoir mis en place un “ Fab Lab interne ”. Pourquoi ? Afin d'introduire la notion “ d'open innovation ” (l'innovation partagée par tous les membres de l'entreprise) dans ses murs.
A l'initiative de ce projet, on trouve Lomig Unger, docteur en physique et blogueur, et Mickaël Desmoulins, ingénieur formé au design management à l'Ensci-Les-Ateliers. Ils travaillent tous les deux à la direction de l'innovation de Renault. “ Le Creative People Lab est directement issu du dispositif d'appel à idées mis en place voici plus de deux ans par la direction de l'innovation du groupe, raconte Lomig Unger. Ces appels sont lancés trois à quatre fois par an, et près de 70 000 salariés sont libres d'y répondre. ”
A chaque cession, de 100 à 200 idées sont remontées sur un forum. Elles sont débattues et les plus intéressantes (celles dont le porteur est prêt à s'engager pour aller plus loin) sont placées en incubateur afin d'être développées. “ Mais on ne voulait pas rester dans le virtuel. Pour créer des retombées économiques, il fallait ancrer ces idées dans le réel. ” C'est là que le Fab Lab interne montre tout son intérêt. Grâce à lui, un concept de coffre automobile modulaire est en cours de réalisation. Il sera peut-être retenu pour un prochain véhicule Renault.
L'atelier collectif du Technocentre Renault donne accès à deux imprimantes 3D et une machine de découpe vinyle, et recevra l'an prochain une machine de découpe laser ainsi qu'une machine-outil à commande numérique. “ L'objectif n'est évidemment pas de concurrencer l'atelier des prototypes du Technocentre, mais de pouvoir créer très rapidement un “ brouillon ”. Cet objet n'a pas besoin d'être fonctionnel, mais va concrétiser l'innovation imaginée par le porteur de l'idée. On dispose également de moyens de conception graphique, photo et vidéo, mais l'imprimante 3D change le rapport à l'objet et à sa fabrication. ”
Festival off d'idées. Chez le fabricant de petit électroménager Seb, l'approche se révèle un peu différente. L'entreprise française sponsorise un Fab Lab en dehors de ses murs, avec le master Idea et l'Ecole centrale de Lyon. Un labo externe… mais proche de son centre de recherche et développement. “ Dans ce Fab Lab, nous voulons faire entrer en collision, de manière opportuniste, des étudiants et des chercheurs, explique Karim Houni, chef de projet innovation chez Seb. Nos collaborateurs trouvent de la sorte un espace pour développer les idées qu'ils ne peuvent mettre en œuvre chez nous. Il faut ensuite laisser faire les choses… Nous espérons que cette démarche deviendra très naturelle. ”
De nombreuses publications décrivent le phénomène Fab Lab comme la prochaine révolution industrielle. Lorsqu'ils seront présents partout, chacun pourra alors s'y rendre afin d'imprimer un meuble, de nouvelles assiettes, voire, pourquoi pas, de fabriquer un nouveau smartphone. Le mouvement Open Hardware laisse en effet entrevoir la possibilité de construire dans l'avenir des produits électroniques grâce à des modules interchangeables, un peu comme des briques de Lego. A l'image du Phoneblok, imaginé par Dave Hakkens, un jeune designer néerlandais.
Cycle d'innovation raccourci. Les premières sociétés à dégainer se trouvent outre-Atlantique. Elles installent déjà des corners consacrés à l'impression en 3D dans leurs lieux de vente. UPS l'a réalisé aux Etats-Unis, les hypermarchés Tesco y songent à leur tour. Mais cette vision futuriste, Eric Carreel, le fondateur de Withings, d'Invoxia et de Sculpteo, n'y souscrit pas complètement : “ Il y a une surespérance de ce que pourra offrir l'impression en 3D à l'avenir, prévient ce spécialiste. La réalité, c'est que l'on ne pourra pas tout faire avec l'impression 3D. En revanche, cela va totalement changer la façon dont on va créer, essayer et améliorer sans cesse les produits. C'est plutôt en cela que nous sommes à l'aube d'une nouvelle révolution industrielle. ”
Car pour une société comme la sienne, Withings, qui conçoit et fabrique des objets connectés, élaborer les moules d'un nouveau produit demande environ six mois. Et six mois supplémentaires sont requis pour produire 3 000 pièces. Améliorer le produit ? Cela nécessite d'attendre d'avoir épuisé le stock existant. Le faire évoluer prend donc au minimum quinze mois… Avec des procédés de fabrication rapide sans outillage, comme ceux proposés dans les Fab Labs, il deviendrait possible de produire 500 pièces immédiatement, puis d'améliorer le produit pendant environ deux semaines, et de relancer la production pendant un mois.
Le cycle d'innovation passerait donc de quinze mois à deux mois et demi seulement. Ce qui n'était jusqu'à présent possible que pour des petites séries, du fait des limitations des imprimantes 3D, le sera dans les mois à venir pour des séries bien plus grandes. “ Le modèle auquel je crois aujourd'hui, c'est celui des Fab Labs adossés à des sites de production avec toutes les exigences de qualité nécessaires, et la possibilité de produire en grandes quantités vingt-quatre heures sur vingt-quatre ”, affirme l'entrepreneur. Pour les industriels, on pourra alors parler de… Fabulous Labs.

Aux États-Unis, les entrepreneurs font fortune grâce aux Fab Labs

Quatre-vingt-dix jours, c'est le temps qu'il a fallu à Patrick Buckley pour gagner son premier million de dollars ! Il s'est écoulé seulement trois mois entre l'idée de départ de la Dodocase (une coque pour iPad), la réalisation du prototype, la commercialisation et le (très gros) retour sur investissement. Si ce self-made man américain est allé si vite, c'est parce qu'il a utilisé un Fab Lab. Il est d'ailleurs LA référence mise en avant par Mark Hatch, le PDG de Techshop, première chaîne commerciale de Fab Labs aux Etats-Unis. Lancé en 2006, Techshop dispose de six Fab Labs dans la Silicon Valley, à Detroit et à Austin. Mais le plus connu est celui de Menlo Park, en Californie. C'est là qu'ont vu le jour une moto électrique conçue pour battre des records, un prototype de réacteur dorsal façon James Bond, un four à diamant de bureau, ainsi que Square, le système de paiement pour iPhone issu de la start up de Jack Dorsey. Pour accéder aux Fab Labs Techshop, il faut souscrire un abonnement mensuel de l'ordre d'une centaine de dollars et payer la location des machines-outils ou l'accès à certains cours. “ Ce qu'on veut faire émerger, c'est une classe créative. Quarante millions d'Américains sont potentiellement porteurs d'une idée : il ne leur manque que les moyens de la réaliser. Nous les leur offrons pour le prix d'une addiction à Starbucks ”, explique Mark Hatch. Et le fondateur de Techshop compte bien s'appuyer sur le Jobs Act, une nouvelle réglementation américaine qui permet à tout un chacun d'investir dans une PME. Il espère lever 60 millions de dollars afin de multiplier les ouvertures de Fab Labs, une douzaine dans les mois à venir si son plan se déroule sans accrocs.

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