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Les MOOCS, facteur de rupture pour l’entreprise

Les plateformes de cours en ligne ouvert et massif (ou MOOCs) commencent à intéresser les entreprises pour former leurs salariés, leurs partenaires ou leurs clients. Est-ce le début d'une mutation de l'Entreprise Apprenante ?

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Le phénomène des MOOCs (Massive Open Online Course, ou Cours en ligne ouvert et massif) est en train d’exploser. Apparus il y a seulement 3 ans, ces plateformes comptent déjà plusieurs millions d’étudiants pour les plus populaires d’entre elles (1). Stanford a initié le mouvement en 2010 suite au développement d’un cursus en ligne sur l’intelligence artificielle. Elle a ensuite été rejointe par le MIT et Harvard. Ces trois universités sont à l’origine des trois plus grandes plateformes : Udacity et Coursera, soutenues par des fonds privés, et edX, plateforme opensource soutenue par le MIT et Harvard. Les premiers cours ont eu un succès immédiat qui ne se dément pas : les catalogues sont impressionnants.
Les ingrédients - vidéos, documents, travail personnel - existent depuis longtemps, mais la synergie créée entre ces éléments est nouvelle. Cette synergie vient de la dynamique sociale – forums, visioconferences, évaluations croisées - et temporelle - les cours ont un calendrier précis dans le temps, qui est le même pour tous. Ces deux composantes changent complètement la qualité de l’apprentissage. La dynamique sociale permet aussi de multiplier le nombre d’étudiants : les professeurs ne sont plus nécessaires à la digestion de l’apprentissage qui se passe en groupes auto-organisés, et les évaluations des devoirs sont faites par les autres participants. Les cours sont en outre gratuits ou très peu chers, pour l’instant.
J’ai moi-même suivi plusieurs MOOCs, par curiosité et pour savoir de quoi je parlais. Après deux essais peu intéressants ou traités de manière trop superficielle, j’ai opté pour le MOOC de Social Psychology de l’université Wesleyan, dans Coursera. Coïncidence, ce serait à ce jour le MOOC le plus important jamais dispensé : 230.000 inscrits, dont 100.000 actifs dans les forums dès la première semaine. 8000 personnes ont même passé l’examen final, plutôt costaud, et 80% l’ont réussi. Le volume de travail à fournir est important, environ 10 heures par semaines (pour 4 à 8 annoncées) sur 6 semaines: vidéos, lecture d’articles, quizz, rédaction d’essais, correction d’essais d’autres élèves, participation obligatoire à des discussions en ligne – forums et Google Hangouts. Principal bémol : les groupes de travail, constitués aléatoirement, ont été une perte de temps. Du fait des différences d’âge, de nationalité, de niveau d‘études, de parcours professionnel, et d’aspiration différentes, un travail en commun utile n’a pas été possible. Mais au final, L’expérience s’est avérée positive, d’autant plus que j’ai réussi le certificat. L’apprentissage était de haut niveau et concentré.

Pourquoi les entreprises s’y intéressent

Avec des cours gratuits, facilement accessibles et de bon niveau, chaque personne va de plus en plus prendre en charge son propre développement. Les institutions de l’enseignement supérieur – universités et grandes écoles – savent qu’elles devront intégrer ces MOOCs à leur cursus, soit en pionnières, soit contraintes et forcées. Les entreprises quant-à-elles commencent seulement à s’y intéresser, et réfléchissent à la manière de prendre en compte ce nouveau type de développement professionnel, la plupart du temps en complément des outils existant et non pas en remplacement. L’entreprise peut aider à choisir les bons cours, voire en intégrer certains dans ses cursus ou s’en servir comme préliminaire à des séminaires résidentiels. Dans ces deux dernier cas, les participants ont la possibilité de se préparer sérieusement sur le thème choisi pour le présentiel.
Un vent de renouveau se lève chez les universités d’entreprise et autres experts interne, et on touche du doigt les premières difficultés :
- Comment s’y retrouver dans la multitude de cours, et recommander les bonnes sessions, voire articuler des cursus cohérents ? Comment aider les personnes intéressées à se planifier un parcours personnalisé ? Un spécialiste du sujet dans l’équipe de formation sera-t-il bientôt nécessaire ?
- Ce type d’enseignement est contraignant. La motivation doit donc être à la hauteur: en moyenne 5 heures par semaine sur 5 semaines. Comment aider la motivation des employés ?
- Les entreprises, habituées aux formations professionnelles et à l’executive education sont hésitantes par rapport aux MOOCs académiques, qui constituent pour l’instant la majorité de l’offre. Où ces deux mondes peuvent-ils se rejoindre ?
- Enfin, les MOOCs de formation professionnels sont encore rares et chers. Car la finalité des fournisseurs est pour l'instant de faire du sur-mesure et du chiffre d’affaire à défaut de faire du volume.
Les entreprises innovantes songent aussi à développer leurs propres MOOCs à destination de leurs employés et de leurs partenaires, voire même de leurs clients. Et là, outre le prix et la complexité de production, on rencontre une grande résistance au changement : mettre des connaissances exclusives et propriétaires sous forme digitale fait craindre un risque de diffusion incontrôlée et de dilution de propriété intellectuelle. D’autant plus qu’il n’y a pas forcément de besoin spécifique aux MOOCs : sans la contrainte de délivrer une éducation à un grand volume de personnes sur une période précise, une combinaison de moyens traditionnels et multimedia est plus appropriée et plus souple.
Il y a un dernier aspect à prendre en compte, au niveau du recrutement et de l’évaluation des employés : la reconnaissance des certificats de complétion est incontournable à moyen terme. Et là encore, comment s’y retrouver ? Quelle valeur donner à quel certificat ?

Un facteur de rupture, mais pas le seul

Si je pense que les MOOCs vont prendre une part de plus en plus importante dans les formations professionnelles, ce n’est pas le seul facteur de rupture d’un univers en période de grande remise en cause. Dans la nouvelle « Entreprise Apprenante » (Learning Organization en anglais) en devenir, on trouvera :
- Une plus grande individualisation et une plus grande diffusion des savoirs
- Des apprentissages utilisant mobilité, multimédia et collaboratif
- Mais aussi du peer-to-peer (senior-junior, apprenti-maitre/expert, mentoring, cross-mentoring, reverse-mentoring, group-learning, etc.)
- De plus en plus d'apprentissage par l'expérience : soit par du jeu (serious games), soit via des usages collaboratifs (peer-to-peer cité plus haut, stages internes du type « vis ma vie », etc.)
- Et surtout, les structures devront assimiler le fait que la connaissance est partout à portée de main, via Internet : la Khan Academy, Wikipedia et les MOOCs ne sont que quelques-uns des exemples.
L’entreprise va changer de culture : les processus et les usages top-down passeront de la centralisation du catalogue au collaboratif et à l’autonomisation des individus.
Pour conclure, voici deux exemples parmi les autres phénomènes qui alimentent ma réflexion sur le concept d’Entreprise Apprenante. D’abord, Alstom, qui a développé son propre YouTube interne, baptisé AUtube (Alstom University Tube) : tout le monde dans l’entreprise peut développer des petites vidéos avec les outils de bord et les proposer à tous. Lorsque je m’y suis intéressée à ses débuts en 2011, la vidéo star expliquait une particularité de l’installation des rails de TGV. Aujourd’hui, ce sont plus de 650 vidéos disponibles, dont les 3 plus vues sont Portuguese 101 (plus de 7000 vues), How to embed an Alstom Font in PowerPoint et How to get to Alstom offices from Zurich Airport. Une vraie réussite, sous tous rapports : ROI, innovation et changement de culture.
Ensuite 42, l’école pionnière lancée cette année par Xavier Niel et Nicolas Sadirac, à la rescousse du système français pour former en masse les meilleurs codeurs (alias informaticiens) dont la France manque. Une initiative extraordinaire qui a tout pour réussir et qui s’appuie sur trois axes.
- La connaissance n’a plus d’importance, elle est accessible à tout moment via Google sur Internet ; ce qui est important est la capacité à l’utiliser, à être « actif dans cette connaissance » ; ce qui entraine aussi un vrai plaisir naturel.
- La capacité à inventer est primordiale : car tout change plus vite que la formalisation de la connaissance. L’école met les élèves en situation de challenge, en leur demandant de résoudre des problèmes pour lesquels ils n’ont pas le bon bagage. Ils doivent innover, créer des nouvelles compétences.
- L’apprentissage doit passer du mode individuel au collectif, loin du système traditionnel qui fait tout le contraire.
(1) Plus de 5 millions d’étudiants pour Coursera en Octobre dernier, 1,6 millions d’étudiants dénombrés pour Udacity ce mois-ci

Cécile Demailly

Consultante en stratégie organisationnelle, Cécile Demailly a passé plus de vingt ans en multinationales, notamment chez IBM, AT&T et GE, avant de créer la structure de conseil Early Strategies. Elle travaille principalement avec les grandes entreprises et s’intéresse aux changements dits de rupture, pour lesquels il existe peu de recettes, comme l’entreprise 2.0, la responsabilité sociétale, l’adoption de technologies disruptives, ou encore les neurosciences appliquées à l’organisation. Sur Twitter : @ceciledemailly

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